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Les violons chantent

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
30 janvier, 2013

Anonyme (d’après Rameau)

Concerts en sextuor
Ensemble Stradivaria, dir. Daniel Cuiller

Daniel Cuiller © Vincent Garnier

 

Mercredi 30 janvier, 19h (dans le cadre de la Folle Journée de Nantes 2013)

Commençons donc par Stradivaria. L’ensemble baroque nantais a choisi pour programme les Concerts en sextuor, arrangement dû à la plume d’un anonyme, daté du milieu des années 1760, des Pièces de clavecin en concert de Jean-Philippe Rameau. Choix d’autant plus judicieux que cet arrangement a connu une certaine fortune dès la fin du XIXe siècle, puisqu’il a constitué, en 1896, le second volume des Œuvres complètes de Rameau publiées sous la direction de Camille Saint-Saëns — et qu’il avait l’avantage de s’adresser à des instruments encore pratiqués, bien qu’ayant évolué depuis le XVIIIe s. : trois violons, un alto et deux violoncelles.

Daniel Cuiller, qui tient le premier violon, a su s’entourer d’excellents musiciens qui mettent admirablement en valeur le caractère foisonnant de la musique de Rameau, que relève d’ailleurs l’arrangement pour cordes. La polyphonie est riche, les contrechants sont partout et on les entend bien, car le premier violon sait très bien laisser ses confrères chanter. Si les violons chantent, les basses sont modestes mais extrêmement sûres. La lecture est équilibrée, vivante, jamais tonitruante, rythmée sans être hachée. On avance toujours, mais sans se précipiter ; les mouvements lents ne s’alanguissent pas et cette grande fermeté de la mesure est une qualité appréciable dans ces pièces qui ne portent pas toujours des noms de danses mais qui, du coup, y invitent.

Chaque pièce semble évoquer un caractère. Ainsi, prenons le Deuxième concert. La Laborde est galante… C’est sans doute un petit-maître. La Boucon est tendre mais retenue. L’Agaçante est espiègle et un peu rigolarde. Elle regorge d’idées musicales… Les menuets, par leur thème initial en valeurs longues, contrastent agréablement avec L’Agaçante. Notons encore l’efficacité et les belles nuances du Vézinet (Premier concert) ou l’admirable détaché pétillant de l’Indiscrète (Quatrième concert).

Nous n’avons qu’une réserve : la justesse a parfois été écorchée, en particulier dans certains mouvements lents. La Cupis (Cinquième concert) s’en est trouvée gâchée. Notre plaisir sans ce défaut aurait été complet.

Loïc Chahine

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