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L’Everest du violoniste

Muse4
20 janvier, 2014

Heinrich Ignaz Franz von BIBER (1644-1704)

Sonates du Rosaire

Florence Malgoire, violon
Guido Balestracci, basse de viole et lyrone
Angélique Mauillon, harpe
Richard Myron, violone
Blandine Rannou, clavecin et orgue
Jonathan Rubin, théorbe et guitare baroque
Marie-Christine Barrault, récitante 

Les Dominos
Direction Florence Malgoire 

4 Cds (55’59 ; 70’53 ; 61’43 ; 75’31) + DVD bonus, Psalmus, 2013.

Les sonates du Rosaire de Biber sont au violoniste ce qu’est l’Everest à l’alpiniste.  Florence Malgoire relève le défi en s’attaquant à un véritable monument de la musique pour violon, une œuvre hors-norme et sans commune mesure. Avec ses quinze sonates, Biber innove et fait faire un grand pas à la littérature pour violon de son époque, personne avant lui n’étant allé aussi loin dans l’exploration de l’instrument. Au service d’un sujet religieux des plus sérieux, illustrer la vie et la Passion du Christ, le compositeur part à la découverte des possibilités les plus folles de l’instrument. Il pousse le figuralisme à l’extrême et expérimente jusqu’à quinze façons différentes d’accorder le violon par le procédé dit de scordatura.

Des extraits de la Bible sont joints aux sonates pour une meilleure compréhension de la musique. La voix belle et grave de Marie-Christine Barrault ajoute véritablement du sens à cette œuvre qui a avant tout pour objectif de conter une histoire, d’être au plus proche des mots.

La grande originalité de cette version des sonates de Biber réside dans la constitution du continuo. Florence Malgoire a en effet adopté un effectif particulièrement garni et foisonnant, choix qu’elle justifie d’ailleurs dans le DVD « making off » attaché aux quatre disques. Un clavecin, un orgue, une harpe, une viole, un lyrone, un violone, un théorbe, une guitare, huit instruments au total qui enrichissent considérablement la palette de couleurs de l’accompagnement. Les possibilités sont donc immenses et souvent bien exploitées : la Présentation au Temple par exemple offre des solos différents et un fin travail sur les atmosphères. Néanmoins le continuo semble parfois trop fourni, certains instruments faisant par exemple double-emploi comme la harpe et le théorbe dans le Recouvrement de Jésus.

Florence Malgoire enfin. Elle revendique dans le DVD une approche plus mystique que théâtrale. On la sent effectivement engagée mais jamais à l’excès. Certains trouveront peut-être que la lecture manque de chair à l’image de la version sage d’Elizabeth Wallfisch (ABC Classics), d’autres seront au contraire enchantés par cette approche épurée. L’expressivité est néanmoins au rendez-vous, ainsi que la subtilité des contrastes, le rythme typique et rebondissant des danses. La justesse et la précision des attaques avec ses acolytes laissent parfois à désirer, mais peut-être une musique aussi dramatique requiert-t-elle un jeu et une écoute différents ?

En définitive voici une version de peu d’artifices, et même une certaine réserve dans l’interprétation des illustres sonates de Biber. La grande Passacaille finale synthétise à elle seule l’ensemble du cycle : une œuvre colossale qui appelle une simplicité et une humilité nécessaires que Florence Malgoire a su trouver.

Charlotte Menant

Technique : enregistrement de bonne qualité, pas de remarques particulières.