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L’hésitation contre la vigueur

Muse5
2 mars, 2006

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Variations Goldberg BWV 988

 

Scott Ross, clavecin 

1985, live radio Canada, Erato /Version officielle de 1988 (EMI, re-ed Virgin)

1988. On retrouvera dans ces deux enregistrements du regretté Scott Ross la même modestie et le même talent : nulle part le claveciniste canadien ne se met en avant, même lorsque la virtuosité technique est requise. La musique, et la musique avant tout. Les 2 disques sont assez différents : la version de studio de 1988 joue sur le cycle, avec une impression hermétique de progression lancinante. Dès l’Aria, les ornements, le style brisé, rappellent Couperin (dont Scott Ross a enregistré l’intégrale des pièces de clavecin). L’artiste hésite. Certes, les tempi sont contrastés mais l’impression générale est celle d’une belle et mélancolique méditation. Les variations se suivent avec aisance et grâce, avec une déconcertante fluidité. Les tempi sont peu contrastés, l’intimité avec l’artiste est palpable en raison d’une prise de son trop proche qui a capté les bruits mécaniques. L’instrument dénote une sonorité métallique un peu dure, que le toucher millimétré de Ross renforce.

1985. 3 ans plus tôt, le toucher est plus franc, joyeux, direct, parfois même exubérant. Certaines variations sont jouées à un tempo plus rapide, le côté dansant est plus appuyé, les attaques très vigoureuses. On y perd un peu de poésie et d’intellect, même si l’ensemble est bien plus spontané et décontracté. Il faut toutefois noter que l’accord du clavecin aboutit exceptionnellement à quelques sonorités étranges, presque dissonantes. Comme il est hors de question que Scott Ross joue faux, le clavecin doit être blâmé, et non la femme de César. Les Goldberg deviennent plus légères, plus easy listening (ne me lapidez pas !), sans être purement décoratives. L’Aria paraît plus pressée, un peu bousculée même, le trille galant. La Variation 1 claudique avec opulence grâce à un clavecin sonore, ample et majestueux, la Variation 2 s’amuse, la 8 presque visuelle dépeint un petit bonhomme qui gravit une colline en courant dans un cliquetis argentin, la 23 des gouttes de pluie perlant sur un rocher… Les Variations plus introspectives perdent un peu en profondeur. Il en va ainsi d’une Variation 15 presque démantibulée, au contrepoint difficile à suivre, où mains gauche et droite, comme indépendantes jouent leurs parties avec la même force. De la triste 25, au sourire forcé, un peu bancale entre la poésie de l’Adagio et l’ironie de l’interprète qui rend les tempi erratiques. Il y a de la prise de risque, et de l’expérimentation dans cette version en live, certes nettement plus imparfaite mais à la respiration surprenante sans compter un instrument (de facture inconnue ?) qui bénéficie d’un timbre moiré.

Viet-Linh Nguyen

Technique : La version 1988 souffre d’une prise de son étriquée et trop proche de l’instrument, ce qui laisse apparaître les bruits internes. La version 1985 est plus aérée et plus naturelle.