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L’humanité en Cathy mini

Muse5
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
1 juillet, 2006

Claudio MONTEVERDI (1567-1643)

Cathy Berberian sings Monteverdi

Cathy Berberian
Concentus Musicus Wien, dir. Nikolaus Harnoncourt

Teldec, das Alte Werk, enr. 1974 (?).

L’autre jour, en nous perdant dans les rangées de disques qui parsèment nos locaux, nous sommes tombés sur « Cathy Berberian sings Claudio Monteverdi ». La jaquette était hideuse dans son alliance de bleu et de rose, orné d’une grosse fibule qui était en réalité une sorte d’horloge de table. En outre, une partie du récital n’est de plus constituée que d’extraits des enregistrements de l’Orfeo ou du Couronnement de Poppée où la soprano incarnait respectivement avec une humaine fragilité la Messagère du malheur ou l’Impératrice répudiée. Mais là ne réside pas l’intérêt de ce disque oublié puisque les enregistrements intégraux de ces opéras sont par ailleurs toujours disponibles (et conseillés) chez Teldec.

Donc pourquoi vous recommanderions nous de partir à la recherche de cette galette épuisée, et difficilement trouvable même chez les disquaires d’occasion spécialisés ? Pourquoi diantre ? Pour 12’50 minutes. 12’50 minutes du Lamento d’Arianna, reliquat miraculé d’un opéra perdu de Monteverdi où la soprano chante avec son âme (et ses tripes allions-nous écrire, mais cela fait un peu trop Boucherie Sanzot) dans une magistrale leçon de recitar cantando. Cette voix sensible, parfois tremblotante, inégale dans ses registres, aux aigus comme ébréchés ou en équilibre précaire n’est bien évidemment pas la plus parfaite qui soit. Il y aurait beaucoup à redire techniquement de ses notes attaquées trop tard, de ce vibratello instable, de cette émission très aérée. Il y aurait beaucoup à écrire sur un timbre d’airain, corsé dans ses graves, tiré presque bestialement en voix de tête. Mais c’est justement toutes ses imperfections, pleines de vie et de sensualité, doublée du talent d’actrice de la chanteuse qui emportent l’adhésion sans réserve. Ce n’est pas Cathy Berberian qui chante Monteverdi, c’est Arianne qui se lamente. Et Nikolaus Harnoncourt a bien compris tout le talent de son interprète, lui qui n’hésita pas à étoffer considérablement le continuo pour soutenir la ligne mélodique au risque de traumatiser les musicologues. Deux autres inédits complètent le récital, une Lettera amorosa alanguie et sensuelle, et un Con che soavità paradoxalement plus retenu.

Armance d’Esparre

Technique : ADD correcte mais avec un souffle continu. Une ré-édition en DDD existe également (couverture crème)