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L’Italie à Madrid

Musemois
5 octobre, 2009

Juan DE LEDESMA (c. 1713 – 1781)

Sonatas para violín y bajo

 

Sonates pour violon, violoncelle et guitare, au temps de Ferdinand VI

Blai Justo, violon
Elisa Jolar, violoncelle
Bernard Zonderman, guitare

68’40, Ramée, 2009.

Extrait : Largo Dulce de la Sinfonia a violino solo n°3 

Octobre 2009. Voici un CD élégant et rare, qui en étonnera plus d’un. Car si Juan de Ledesma est bien originaire de la péninsule (la grosse péninsule du Couchant), c’est du côté de l’Italie, et notamment de Naples que se tournent ses regards. En effet, les alliances matrimoniales des Bourbons d’Espagne conduisirent à la venue de musiciens italiens, tels Farinelli lui-même. Et si le livret souligne que l’écriture de ces sonates évoque de temps à autre les tournures de la musique populaire espagnole, le style est résolument et sans nul doute bien dans une ligne post-corellienne, qui rappelle Scarlatti, Durante et Boccherini.

La saveur particulière de cet enregistrement repose sur son orchestration audacieuse, et audacieusement justifiée dans le livret, d’une basse continue tenue sans clavecin ou orgue, le soutien harmonique étant confié à la guitare, tantôt de type baroque ou classique, de Bernard Zonderman. Et plus que l’écriture, c’est peut-être ce socle gracieusement égrené qui apporte un peu d’Espagne à ces mélodies naturelles et élégantes que le trio parvient à hisser bien au-delà de quelques pièces décoratives. Le son de l’ensemble est très caractérisé, avec une nette prééminence du violon solaire de Blai Justo, impérial. L’instrument exhale un son grainé magnifique, multicolore dans les harmoniques, d’une opulence irisée sur laquelle danse l’archet généreux, ample et agile du soliste.

Les articulations sont extrêmement variées, les reprises changeantes, les ornements délicats, alors que Justo insiste sur une lecture rayonnante et optimiste, épicurienne dans sa conquête du beau. Voilà un doux violon qui parfois fait songer à Biondi, en plus lié, un violon qui chante, converse avec le violoncelle discret d’Elisa Jolar, rebondit avec gourmandise sur les accords du guitariste. Les contrastes sont présents, mais évitent soigneusement toute rupture trop brutale ; les musiciens choyant constamment un son rond, charnu, velouté et bien assis.

Et l’auditeur se laisse aller à ce fleuve tranquille mais irrésistible, d’une confondante justesse, qui recèle des perles telles le Largo Dulce de la Sinfonia n°3, lancinant, persuasif, d’une sensualité enveloppante. On imagine la cascade de cheveux d’une ravissante damoiselle, les reflets moirés de ses soieries, l’éclat des bijoux que frappe un soleil blond de fin d’après-midi. Vous vous dites que le critique à ce moment se prend à rêver, les paupières mi-closes, moins soucieux de vérifier la justesse des notes que de se laisser bercer par un mouvement balancé et moelleux. Et vous aurez raison.

L’Andantino-Allegro de la Sonate n°5, quant à lui, sait ménager l’impatience de l’auditeur à retrouver le thème initial, d’une épure corellienne et pré-classicisante. Là-encore, les cordes de Justo font merveille, énergiques et fières, dynamiques mais tendres. Et face à cette éloquence souple et ce verbe souriant, on ne peut qu’enlever son couvre-chef, et balayer le sol de son panache en guise d’admiration.

Viet-Linh Nguyen

Technique : enregistrement aéré et naturel, très beaux timbres instrumentaux.