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« L’Itinéraire »

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
27 juillet, 2013

« L’Itinéraire »

27 juillet 2013

© Accent tonique, 2013

 

 

Concert d’ouverture

Ton Koopman, orgue

Eglise de St Privat des Prés 

Comme le veut la tradition c’est Ton Koopman qui ouvre à l’orgue l’itinéraire en tant que tel, ce parcours musical autour duquel le festival a grandi au fil des années. Variant les jeux avec bonheur dans le Ballo en sol de Sweelinck il va nous conduire sans heurts jusqu’à la lumineuse Bergamasca en Sol majeur de Frescobaldi après avoir fait résonner en l’église de Saint-Privat-des-Prés des pièces de Bruna, Cabanilles et Buxtehude. Du fameux compositeur allemand on retiendra surtout la très belle Chaconne en ré mineur dont les doigts du maître font magnifiquement saillir les légèretés d’un contexte harmonique pourtant bien grave. C’est donc une belle et sobre  introduction qui s’achève avec le célèbre sourire, toujours aussi communicatif, de l’organiste et chef d’orchestre néerlandais.

© Accent tonique, 2013

« Amarilli, mia bella »
Purcell, Caccini, Frescobaldi 

Anna Zander, mezzo-soprano
Mayumi Kamata, clavecin

Eglise de Saint André de Double

On apprend sous les voutes de Saint-André-de-Double que cette contrée est appelée la « terre des humbles ». On peut arguer qu’une telle expression qualifie bien des endroits du monde. On peut même commencer à les compter en marmonnant mais on passerait alors à côté d’un moment musical tout-à-fait charmant. Anna Zander semble avoir fait vœu d’humilité elle-même et nous offre une interprétation d’airs italiens où transpirent un respect des œuvres et un travail d’appropriation absolument remarquables. Dans le superbe Amor io Parto de Caccini, notamment, la mezzo-soprano suédoise fera preuve d’une grande finesse expressive et d’une justesse infaillible. Parfaitement soutenue au clavecin par Mayumi Kamata, dont la sûreté rythmique et le sens de l’architecture apparaîtront mieux encore dans l’instrumental Amarilli di Julio Romano de Peter Philips, la mezzo-soprano à la voix chaude et ductile offre un programme sans folie ni sommet inoubliable mais sans faiblesse et de bout en bout parfaitement maîtrisé.

© Accent tonique, 2013

Bach, Krebs, Homilius

Jan Klein Bussink, orgue

Eglise de Saint Sulpice de Roumagnac 

Le programme du festival nous renseigne sur l’immense orgue de Saint-Sulpice-de-Roumagnac. Offert à la paroisse par un généreux donateur en 1968, il semble occuper la moitié de l’église… Mais quel son et quelle puissance ! Une personne du premier rang se bouche même les oreilles au premier accord du Prélude en Ré majeur BWV545. Il faut dire que Jan Kleinbussink attaque pleins jeux dans ce programme dédié à J.S Bach et ses élèves et qu’il prendra plaisir, tout au long du récital, à explorer les possibilités de l’instrument ; souvent à bon escient comme dans les pièces du Kantor de Leipzig, parfois moins comme dans un de ces chorals en trio d’Homilius où les voix nasillardes jouées à la pédale viendront perturber quelque peu la douceur et la subtilité des mélodies flutées de la main droite… Cet orgue aux ressources multiples pardonne peu, en vérité, et la plus petite hésitation contrapuntique, le moindre enjambement involontaire apparaissent dans toute leur crudité. Ces petits couacs seront très rares cependant et l’organiste néerlandais fera preuve d’une grande virtuosité et d’une énergie salvatrice.

 

© Accent tonique, 2013

« Le poids de l’hérédité »
C.P.E. Bach, J.E.. Bach, J.S.. Bach

L’Accademia dei Dissonanti
Antoine Torunczyk , hautbois
Xavier Zafra, basson
Chiaopin Kuo, clavecin

Eglise de Faye 

L’étape suivante est encore consacrée à Bach (celui dont le patronyme suffit) mais aussi aux Bach (ceux dont  les prénoms sont nécessaires à l’identification). Un programme original nous attend, qui nous fera passer de Johann Sebastian à Carl Philip Emmanuel, Johan Ernst ou encore Wilhelm Friedemann. D’après Antoine Torunczyk dont on aura pu remarquer les très belles envolées de hautbois dès la sonate en sol mineur de CPE Bach, l’intérêt de certaines de ces pièces est justement de n’être pas clairement attribuées. L’étonnant Pedal-Exercitium arrangé pour basson seul et brillamment  interprété par Xavier Zafra a peut-être été composé par JS lui-même. Ou par l’un de ses élèves. Ou l’un de ses fils. Ou l’un de ses chats : qu’importe ! Le morceau est beau et mérite d’être joué. Idem pour la Pastorale pour hautbois, basson et basse continue, œuvre charmante et bigarrée dont on ne sait quel descendant du maître en est l’auteur. On aura aussi noté la prestation de Chiaopin Kuo, très inspiré lors de la fantaisie en Fa majeur de JE Bach, riche en montée d’arpèges et autres gammes ascendantes ici très élégamment exécutées et incarnées par un superbe son de clavecin.

© Accent tonique, 2013

« Un trio de trios »
Leclair, Rameau, Marin Marais

Ensemble Fantasticus 
Rie Kimera, violon
Guillermo Brachetta, clavecin
Robert Smith, viole de gambe

Eglise de Combéranche

L’église Saint-Jean Baptiste de Combéranche est bien étonnante. Ce massif et brut parallélépipède sans ornement extérieur aurait-il été renié par un théoricien du Bauhaus ou un quelque autre bâtisseur austère du vingtième siècle ? Musicalement aussi, la modernité semble de mise. Pas seulement parce que le violiste s’appelle Robert Smith. Surtout parce que la fameuse « Sonnerie de Sainte-Geneviève du Mont-Paris » introduit notre cinquième concert de la journée. Cet inlassable et court ostinato n’est pas sans évoquer des pans entiers de la musique populaire actuelle et même, avec un peu d’imagination, certains répétitifs américains. Le violon de Rie Kimera s’appuie à merveille sur cette base rythmique et nous emmène littéralement avec une vigueur, une sûreté et une grâce qui ne se démentira pas du concert. Totalement engagée dans son interprétation elle accompagnera du regard et des mimiques chaque accent et chaque parti-pris expressif. On pourra penser qu’elle en fait un peu trop, que son jeu prend trop la lumière, mais globalement on restera ravi et emporté par sa musicalité, exquise et criante dans cette superbe sonate n° VIII de Leclair. Ses comparses ne sont pas en reste et font valoir tout au long du concert leurs indéniables qualités. Guillermo Brachetta est notamment d’une grande élégance dans son interprétation des Pièces de clavecin en concert n°3 de Rameau quand Robert Smith, discret mais toujours juste et sensuel à la viole de gambe achève de cimenter ce très beau trio.

© Accent tonique, 2013

« Virtuosités italiennes » : Haendel

Ensemble Les Cyclopes 
Bibiane Lapointe, clavecin
Thierry Maeder, orgue
Emmanuel Balssa, violoncelle
Camille Poul, soprano

Eglise de Bourg du Bost

Il est 17h30 et le dernier concert va commencer en l’église Notre-Dame du Bourg du Bost. On se dit que les musiciens vont donner leur cinquième concert de la journée, ce qui relativise tout de même les critiques et commentaires que l’on peut avancer sur chacune des prestations… Est-ce qu’on ne fatigue pas un peu à la longue ? Au contraire les premiers concerts du matin ne sont-ils pas les plus difficiles à appréhender ? Peut-être avons nous raté dans notre itinéraire le meilleur de chacun de ces artistes. Peut-être avons nous eu de la chance au contraire. Il faut de toute façon les féliciter tous pour cette gageure imposée par le principe-même du festival et qui, d’ailleurs, en fait l’originalité. Les Cyclopes entament donc leur cinquième Filli Adorata E Cara du jour, en introduction à un programme consacré aux « virtuosités italiennes » de Haendel. Camille Poul n’a franchement pas l’air d’être fatiguée. Au contraire le lyrisme et la puissance de sa voix feront parfois quelque peu oublier les instrumentistes de l’ensemble et l’on ne sait plus vraiment dire, après une longue journée de concerts, si cela est à mettre à son crédit ou à son débit. Virtuose et comédienne, elle incarne naturellement le texte et fait souffler une brise opératique dans le petit édifice roman. La deuxième cantate, Della Guerra Amorosa est accompagnée avec une fougue et un sens de la danse qui soutiennent cette fois magnifiquement notre soliste. Malgré les doutes évoqués plus haut on continuera de passer un très bon moment avec cet ensemble et l’on sortira du concert globalement conquis.

© Accent tonique, 2013

Pour des raisons logistiques on ne pourra assister le lendemain à l’intégralité du concert de clôture, qui s’annonçait pourtant magnifique. Co-fondateur du festival, Ton Koopman met un point final à une belle édition, à la programmation variée, originale et très réussie. On aura tout de même pu entendre ses éternels Amsterdam Baroque Orchestra et Amsterdam Baroque Choir interpréter magnifiquement le Laudate Dominum de Coelis, de Corette œuvre chargée et intense, composée à partir des Quatre Saisons… Dans quatre saisons cet Itinéraire Baroque se tiendra à nouveau, on l’imagine, ici et ailleurs, entre les pierres et le paysage, avec la même réussite.

Gilles Grohan