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Mille feuilles baroque (Lancement de la nouvelle rubrique Littérature)

Publié dans : Actualités - Brèves
16 novembre, 2014

Mille feuilles baroques

Prunksaal de la Hofburg, Vienne © Muse Baroque, 2012

 

Qu’est-ce donc messieurs, qu’un homme de lettre ? C’est celui dont la profession est de cultiver sa raison pour ajouter à celle des autres. (Jean-François de La Harpe, Discours d’entrée à l’Académie, juin 1776)

Le portefeuille atone après un été de tribulations festivalières, le lecteur de la Muse, contraint pour sa survie à affronter les considérations matérielles de ce vingt-et-unième siècle, se replonge un brin nostalgique dans la discographie de Frans Brüggen, disparu au mois d’août dans une indifférence impolie.

C’est le moment que nous choisissons pour inaugurer cette nouvelle rubrique, toute entière consacrée à la littérature, qui nous verra selon une périodicité toute irrégulière, flâner dans l’œuvre féconde des grands auteurs européens à la recherche de ce que les textes peuvent avoir de Baroque. Votre magazine élargit ainsi le champ de ses intérêts et nous espérons que nos lecteurs avides de découvertes y trouveront matière à quelques ravissements.

Définir la littérature baroque n’est pas chose aisée, son étude n’étant plus à la mode et sa spécificité se confondant trop souvent avec les facilités de la préciosité. L’amateur éclairé, qui trouve toujours profit à consulter religieusement les manuels publiés par les duettistes Lagarde et Michard, trouvera néanmoins mention de la littérature baroque dans le volume consacré au XVII ème siècle, cantonnée à la première moitié de celui-ci, quand le lyrisme, l’exubérance, la recherche de l’allégorie brillante et le contraste des situations chez des auteurs aux noms oubliés tels que Théophile de Viau, Saint-Amant ou encore Giambattista Marino s’opposèrent à la doxa du style classique. Mais ne poussons pas plus en avant cet essai de définition, au risque de tomber dans un verbiage aussi abstrait qu’ennuyeux. Le curieux piqué au vif sera ainsi condamné à nous lire pour que peu à peu la sylphide de la littérature baroque se dévoile. 

Révérence gardée envers Patrick Modiano, récent prix Nobel, il ne sera pas ici question de relater le talent littéraire de nos contemporains, et si le nom de Cyrano de Bergerac aguiche le lecteur, qu’il sache que Rostand s’effacera, un temps, derrière l’auteur des Etats et Empires de la lune et du soleil. Hommage sera ici rendu à ces auteurs qui surent avec majesté coucher sur le papier l’air du temps et se faire les témoins malicieux de l’esprit de leur époque.

Ode à la littérature Baroque, ces chroniques seront aussi l’occasion d’un badinage que nous souhaitons plaisant à la redécouverte de noms aperçus, enfouis aux tréfonds de notre mémoire depuis l’époque, plus ou moins lointaine, où l’apprentissage de nos humanités emplissait nos nuits de l’excitation de la découverte. De même, nous fuirons la tentation du repli sur la seule littérature française pour exporter notre regard au delà des frontières et en rapporter le meilleur de la littérature baroque étrangère, l’Espagne s’annonçant d’ores et déjà terre promise en ce domaine. 

Enfin, avouons une dernière ambition. Que le lecteur émoustillé par nos maladroites lignes et désireux de jouir du talent des auteurs évoqués, se jette avec hargne dans la recherche des éditions, souvent anciennes, de ces œuvres, cultivant le plaisir bibliophile de la reliure à caisson et de la senteur du papier jaunie. Qu’il s’enivre quelques instants du plaisir intellectuel des mots et du contact charnel du papier, harcelant les éditeurs en quêtes de rééditions de joyaux baroques introuvables.

En vous souhaitant un long voyage au fil des pages.

Pierre-Damien Houville

 

Lire le premier dossier : Casanova, confessions d’un perdant magnifique