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L’opéra des Musiciens

Muse4
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Opéra
31 décembre, 2005

Jean-Baptiste LULLY (1632-1687)

Isis

Tragédie en musique (1677) 
Livret de Philippe Quinault

 

Io (Isis) : Françoise Masset (dessus) 
La Renommée, Iris, Hébé, Première Parque : Isabelle Desrochers (dessus) 
Calliope, Mycène, Syrinx : Valérie Gabail (dessus) 
Junon, Seconde Parque : Guillemette Laurens (bas-dessus) 
Apollon, Pirante, Premier berger & Furie Erinnis : Robert Getchell (haute-contre) 
Mercure, Second berger & Premier conducteur des Chalybes : Howard Crook (taille) 
Hierax, Pan : Bertrand Chuberre (basse taille) 
Jupiter : Bernard Deletré (basse) 
Neptune, Argus & Second conducteur des Chalybes : Renaud Delaigue (basse)
Le Chœur du Marais 
La Simphonie du Marais
Direction musicale : Hugo Reyne

153′, 3 CDs, Accord, enr. live juillet 2005.

La parution d’un opéra de Lully au disque est toujours, pour les amoureux du baroque français, un événement attendu avec impatience et crainte; crainte de voir l’œuvre amputée de son prologue, nouvelle mode liée à des considérations aussi éloignées de l’art que le soleil de la planète Terre ; crainte d’une interprétation atone avec des orchestres dépouillés et des voix blanches; crainte enfin que l’annonce ne soit pas suivie de la parution. Bref, c’est avec émotion que j’achetai Isis dès sa sortie. Isis, surnommé « l’opéra des musiciens » tant l’orchestre fut mis à contribution par le Florentin dans cette œuvre.

Dès les premières mesures, il faut dire que l’on est conquis : L’ouverture virtuose à la française est suivi d’un prologue à la gloire du roi, narrant les exploits guerriers de Louis XIV qui en cette année 1677 est au sommet de  sa splendeur après les victoires de ses généraux sur les troupes de l’Europe coalisée. Ici, trompettes et tambours font entendre leurs éclatants accents et accompagnent des chœurs triomphant, aux accents solaires, dont le célèbre « Publions en tous lieux… », un tube repris dans les films Louis Enfant Roi ou Le Roi danse.

Chœurs et danses se succèdent dans un tourbillon magiques d’une harmonie inspirée et jubilatoire. « Que de l’empire….. » autre chœur au son des trompettes vous transporte et vous  donne une pêche d’enfer ; à recommander comme thérapie pour les auditeurs un peu déprimés. Les airs solos et duos sont charmants et inventifs, tel le « c’est le dieu des eaux », duo pour voix de taille et basse, qui annonce le retour du printemps et de la paix.

La tragédie en cinq actes raconte la fuite de la nymphe Io, à laquelle Jupiter a conté fleurette,  par les déserts brulants ou glacés, pourchassée par les foudres de Junon, épouse jalouse du dieu du tonnerre.

Chaque acte est l’occasion pour Lully de peindre avec une grande imagination une atmosphère chaque fois différente et pittoresque. L’acte III est à cet égard magnifique, avec une ambiance de chasse à cour avec cors qui préfigure la chasse des Boréades de Rameau, puis les deux chœurs qui se répondent « Aimons sans cesse….. », et enfin la plainte de Syrinx, sur une basse obstinée descendante, déplorant la disparition et la métamorphose d’Io en roseau, sans doute l’une des plus belles lamentations du Florentin.

L’acte IV commence par le fameux chœur des trembleurs, ou les chanteurs imitent le grelotement par des paroles saccadées; scène suivie par le chœur des forges de Vulcain où Lully imite le son des marteaux des forgerons heurtant les enclumes tout en insufflant une mélodie vraiment reconnaissable entre toutes qui est de celles, faciles à retenir, qui vous trottent dans la tête toute la journée.

Le finale de la tragédie est bien sûr grandiose, et tout l’orchestre reprend avec le chœur un hymne en l’honneur d’Io qui monte aux cieux pour rejoindre le panthéon des divinités, splendide moment de musique et de chant de plus de huit minutes qui s’apparente à un grand motet.

Alors, messieurs et mesdames, ne boudez pas ce plaisir, et courrez vite vous procurer cet opéra des musiciens.

Ivan Henrard

Technique : Bon enregistrement, pas de remarques particulières.