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Lorsque j’entends ce prélude de Bach…

Muse5
31 décembre, 2008

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Suites BWV 995, 997, 1012

 

Pascal Boëls (guitare à dix cordes)

73’05, Calliope, 2008

De cette nouvelle parution de la maison de disques Calliope, d’aucuns penseront qu’il s’agit d’un énième enregistrement des Suites pour luth de Bach. Certes, mais celui-ci mérite qu’on fasse plus que d’y prêter l’oreille, pour en apprécier tous les contours et les raffinements. Doit-on s’offusquer de l’usage de la guitare à dix cordes? Des recherches récentes remettraient en cause la destination instrumentale des œuvres du musicien allemand, qui aurait préféré le “Lautenwerck” (clavecin luthé) au luth. Par ailleurs, il semblerait que Bach n’ait pas été très familier des possibilités techniques de l’instrument, certains passages étant tout à fait injouables tels qu’écrits pour les luths à 13 chœurs communément utilisés en Allemagne à l’époque. Paul O’Dette (Harmonia Mundi), Hopkinson Smith (Naïve) ou Luca Pianca (Teldec) ont ainsi dû adapter les riches partitions du Maître. Mais laissons donc de côté ces querelles de musicologues pour nous concentrer sur l’interprétation. Comme si c’était la première fois…

Pascal Boëls, guitariste de talent qui n’en est pas à son premier essai, nous fait partager ici sa vision personnelle et spirituelle de l’œuvre de Bach, rassemblant des morceaux célèbres (les Suites BWV 995 et 1012, qui concluent le cycle des six Suites pour violoncelle) et plus méconnus, voire mystérieux (la Suite dite pour luth BWV 997).

Malgré un Prélude qui manque d’élan, la Suite BWV 995 nous fait vivre une agréable balade musicale, entre une Sarabande délicate et d’entraînantes Gavottes. Œuvre plus tardive de l’auguste compositeur, la Suite BWV 997 est étonnante dans sa composition et également profonde dans son jeu. C’est dans le Prélude de la Suite 1012 animé de passion que Pascal Boëls donne toute la mesure de sa virtuosité au service d’une lecture maîtrisée et lumineuse. Les arpèges sont très fluides, le jeu analytique et introspectif, sans sacrifier à l’aisance mélodique. On ne peut que regretter que Boëls n’ait pas enregistré l’intégrale de ces suites, à l’instar de Stephan Schmidt (Auvidis-Naïve), autre guitariste qui avait livré une vision étincelante et souple de ces mêmes œuvres. On se laisse néanmoins porter par la légèreté des notes, la souplesse du doigté et l’intensité de l’interprétation du guitariste. Et la raison s’envole…

Marion Dammerey

Technique : prise de son moyenne, notamment lors de la suite BWV 995