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Incontournable !

Muse5
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Opéra
5 avril, 2006

Jean-Baptiste LULLY (1632-1687)

Phaëton

Tragédie en musique (1683)
Livret de Philippe Quinault 

Howard Crook (Phaëton)
Rachel Yakar (Clymène)
Jennifer Smith (Théone)
Véronique Gens (Libye)
Gérard Théruel (Épaphus)
Philippe Huttenlocher (Mérops)
Laurent Naouri (Protée, Saturne)
Jean-Paul Fouchécourt (Triton, le Soleil, la Déesse de la Terre)

Ensemble vocal Sagittarius,
Les Musiciens du Louvre
Direction Marc Minkowski 

2 CDs, Erato, 1994. 

Voici un enregistrement incontournable. Si Phaëton n’est pas l’œuvre de Lully la plus connue, le livret de Quinault est l’un des plus complexe : s’y mêlent intrigues de pouvoir, amours contrariées et… épreuves initiatiques ! Au final, si n’est pas la plus grande réussite de Quinault, qui s’y répète un peu trop, les personnages sont habilement construits. La musique, de son côté, est somptueuse…

Autant le dire d’emblée : ce qui manque ici à Marc Minkowski, c’est la majesté. Cette lacune est la conséquence de tempi souvent vifs, d’une énergie quelque peu immodérée. Prenez par exemple le petit air du Triton au divertissement du premier acte : beaucoup trop vif. Certes, le drame y gagne mais on en veut presque à Minkowski de trop presser les pages lentes, comme celle qui ouvre la tragédie, un très bel air accompagné de Libye, et ce jusqu’à la chaconne, la célèbre Chaconne de Phaëton. Passé ce petit défaut, l’orchestre nous dévoile sa richesse et sa précision, tout comme le chœur.

Du côté des solistes, tout est sauf : aucune déception ! Dès le prologue, le petit air d’Astrée (Virginie Pochon) est déjà un petit bijou. Et quelle judicieuse idée que la voix lumineuse à souhait de Jean-Paul Fouchécourt pour ce Soleil. Hélas, Véronique Gens est finalement assez peu présente, car l’œuvre est ainsi. Elle laisse tout de même de ces apparitions un bon souvenir… même si cette jeune princesse un peu naïve manque de crédibilité. Il en va tout autrement de la Clymène de Rachel Yakar. Malgré un timbre parfois gênant – en particulier des aigus aigres – elle est parfaitement dans le style français, et incarne pleinement l’amante déçue. Jennifer Smith peut inquiéter au tout début de sa prestation, mais on ne tarde pas à s’apercevoir qu’elle domine le plateau féminin avec Rachel Yakar : elle aussi incarne la Reine, celle qui pousse son fils Phaëton, qui s’inquiète pour lui.

Justement, Howard Crook est, comme toujours, exceptionnel. La voix est sublime, nous sommes vraiment en présence d’une des meilleures haute-contre qui soit ; sans parler du style. En Atys, il distillait toujours une secrète douleur à son chant, ici il réussit à donner à son personnage une certaine fatuité, très légère. À côté, les autres hommes ne laissent que peu de trace, on se souvient surtout de leur honnêteté, sans plus. Il faut dire que la partition ne leur donne pas d’avantage. Seul Laurent Naouri réussit à se détacher quelque peu en Protée, avec ces « Tu vas tomber » si figuratifs, et surtout en Saturne dans le prologue : il y a fait montre de son art de la vocalise impeccable et évite ses défauts habituels – en particulier sa perte de timbre sur les fins de phrases.

Vous l’avez compris, « le plaisir passe la peine », alors n’hésitez plus !

Loïc Chahine

Technique : Bon enregistrement, pas de remarques particulières