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Magnifico !

Muse5
31 décembre, 2007

Joan Pau PUJOL (1573?-1626)
Joan Bpta. COMES (1582?-1643)
Diego de PONTAC (1603-1654)
Joseph Ruiz SAMANIEGO (fl. 1653-1670)
Francesc VALLS (1671c.-1747)

« Magnificat anima mea Dominum »
El cantic de Maria al s. XVII hispanic
Cantiques de Marie de l’Espagne du XVIIème siècle

Ensemble Exaudi Nos
Joan Grimalt (direction)

42’06, Columna Musica, 2007

Créé une première fois à Vienne dans les années 1980 par le chef d’orchestre Joan Grimalt, Exaudi Nos connaît depuis 2000 une seconde vie en Catalogne, en coopération avec Musiques de l’Esperit. Dédié à la recherche et la préservation du patrimoine culturel de la musique sacrée, l’ensemble mixte se concentre sur le répertoire musical du XVIIème siècle, avec une attention particulière pour la musique espagnole. Pour sa sixième saison, l’ensemble s’est intéressé à l’un des thèmes les plus interprétés dans l’histoire de la musique sacrée : le Magnificat. L’enregistrement réunit six versions du Cantique de Marie par cinq compositeurs espagnols relativement méconnus (et dont même les dates baignent dans un poétique halo de mystère).  Joan Pau Pujol (1573?-1626), Joan Bpta. Comes (1582?-1643), Diego de Pontac (1603-1654), Joseph Ruiz Samaniego (fl. 1653-1670), et le plus célèbre du lot : Francesc Valls (1671c.-1747).

Fidèles à leur souhait de transmettre le message originel de l’hymne religieux, les musiciens catalans nous entraînent dans un magnifique voyage musical à travers ces sons polyphoniques si proches de la Renaissance, à la fois clairs, profonds et éloquents. Le Magnificat a 8 de Pujol se caractérise par de nombreux passages en imitation, et un soutien orchestral opulent où voix et sacqueboutes se répondent en échos. Les choristes (2 sopranos, 2 altos, 1 ténor, 1 basse) font preuve d’un chant maîtrisé et très équilibré, où la partie de ténor semble être un peu privilégiée. Les effectifs réduits ajoutent à la transparence nacrée des pupitres, dont la ferveur chaleureuse se trouve rehaussée par les cuivres. A l’inverse, le Magnificat a 4 du même compositeur, plus intime et d’une composition plus archaïque joue plus sur un double contraste. D’une part, l’évanescence des sopranos contrebalance des cordes grainées et un cornet avenant. D’autre part, le flot du recueillement est rompu par des répons en plain-chant.

Les Magnificat se suivent et ne ressemblent pas. Partition à la main, on serait presque tenté par la comparaison, recherchant le compositeur qui a su le mieux traduire en musique le texte sacré et la variété des sentiments qui y sont exprimés. La palme pourrait revenir ici au compositeur et prêtre Joan Baptista Comes. Particulièrement inspiré, et moins contemplatifs que dans le reste de l’enregistrement, Exaudi Nos insiste sur la céleste pureté des voix féminines placées dans le premier chœur, et sur le timbre déchirant de la viole de gambe. On louera plus généralement la qualité et le bon goût de l’orchestration qui respecte le caractère original des œuvres, en usant des instruments caractéristiques du XVIIème siècle espagnol (cornet, saqueboute, basson,…). La pièce de Valls, la plus « moderne » de ce parcours – et jamais interprétée jusqu’à aujourd’hui – en constitue l’émouvant point d’orgue, et rompt nettement avec le style des précédentes avec une écriture plus mélodique et plus spectaculaire.  

Amandine Blanchet

Technique : Bon enregistrement. Théorbe un peu écrasé.