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Malgoire, amour et beauté

Muse3
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Opéra
31 décembre, 2009

André CAMPRA (1660-1744)

Tancrède

Sur un livret d’Antoine Danchet. 

 

François Le Roux (Tancrède)
Daphné Evangelatos (Clorinde)
Catherine Dubosc (Herminie)
Pierre-Yves Le Maigat (Argant)
Grégory Reinhart (Isménor)

The Sixteen
La Grande Écurie et la Chambre du Roy
Direction : Jean-Claude Malgoire 

2 CDs Erato, 1986, enregistrement live du Festival d’Aix-en-Provence

Les enregistrements de Campra sont peu nombreux, surtout en ce qui concerne les œuvres scéniques ; ce n’est donc pas le moindre mérite de ce coffret de figurer parmi les trois seuls existants, malgré quelques coupures dont la plus gênante a été pratiquée dans le prologue : le rôle de l’Enchanteur y a été supprimé dans son entier, sans doute pour raison budgétaire : il n’y a pas d’autre haute-contre dans l’œuvre.

En effet, c’est une œuvre bien particulière que ce Tancrède : pas de haute-contre héroïque, puisque le héros éponyme est une basse-taille. Le livret se hâte de préciser que pour répondre à ce choix de distribution masculine, la contre-partie féminine du croisé, Clorinde, était un contralto, Mlle Maupoint (ou « Maupin », fille de Gaston d’Aubigny [Ndlr]). Hâtons-nous de préciser pour notre part que Mlle Maupoint semble plutôt avoir été un bas-dessus, c’est-à-dire un mezzo-soprano. Dès lors, on comprendra notre déception à entendre dans ce magnifique rôle Daphné Evangelatos alors qu’il y avait une Clorinde idéale pas si loin : Guillemette Laurens. Daphné Evangelatos manque de beauté dans le timbre, d’engagement dans la prise de rôle – quand on pense qu’il s’agit d’un live non d’une version de concert, mais d’une représentation mise en scène – et de variété dans les affects.

Heureusement, François Le Roux propose un meilleur Tancrède. Si le timbre n’est pas son point fort, il ne se contente assurément pas de chanter, mais joue, et ses monologues – rassurez-vous, il y en a plusieurs – sont à n’en pas douter les moments forts de cet enregistrement.

Heureusement, parce qu’Herminie ne viendra pas relever le niveau de Clorinde, loin de là ! Catherine Dubosc, si elle tente de jouer, perd son chant, et sa voix ne manque pas de timbre, certes, mais elle est désagréable – de la mesure, madame ! Ajoutons à ces accusations majeures que son premier air, acte I scène 1, n’est même pas bien calé, et que la justesse n’est pas toujours sauve non plus, et vous comprendrez sans peine que c’est elle qui tire le plus l’enregistrement vers le bas.

Heureusement, les deux autres rôles importants, rôles masculins, sont particulièrement réussi. L’Isménor de Grégory Reinhart, s’il apparaît peu, fait sensation grâce à la noirceur de son timbre de basse. Quant à Pierre-Yves Le Maigat, c’est bien le seul a être au niveau de François Le Roux : il a parfaitement intégré son personnage et maîtrise la partition et le style.

Heureusement, toujours, Jean-Claude Malgoire, sa Chambre et son Écurie sont en grande forme. La majesté ne manque pas, les évocations – prenez par exemple le monologue de Tancrède, acte III scène 3 : les gémissements et plaintes sont extraordinaires ! – sont réussis, c’est une fête pour l’oreille. De plus, les tempi sont judicieusement choisis. Toutes ces qualités avec égalité, tout au long de l’œuvre. Le rôle du chœur a été grandement réduit – c’est l’une des aberrations des coupes dans le prologue –, les Sixteen s’en tirent honorablement mais n’ont pas l’occasion de se faire remarquer.

En somme, on ne peut, hélas, oublier les défauts du casting féminin, mais on peu oublier ceux de ces messieurs – c’est donc l’orchestre et l’absence d’alternative qui sont les principales qualités ce coffret, sans oublier la tragédie lyrique, dont la musique et le livret sont de facture, eux, remarquables.

Loïc Chahine

Technique : live avec des bruits de scène peu gênants. La qualité est globalement bonne.