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Malgoire revisite l’opéra comique selon Händel

Muse3
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Opéra
11 novembre, 2006

Georg-Frederic HAENDEL (1785-1759)

Serse

 

Anne Carolyn Watkinson (Serse), Paul Esswood (Arsamene), Otrun Wenkel (Amastre), Barbara Hendricks (Romilda), Anne-Marie Rodde (Atalanta), Ulrik Cold (Ariodate), Ulrich Studer (Elviro)

La Grande Ecurie & la Chambre du Roy, dir. Jean-Claude Malgoire

3 CDs, Sony Classical, enr. 1979, reed. 1997.

Le voici donc, ce Serse que tout le monde connaît grâce à son arioso « Ombra Mai Fu », magnifique déclaration d’amour d’un monarque persan à un platane (!). Le livret est plus que brouillon, grouillant de situations plus invraisemblables les unes que les autres, de rebondissements en tout genre, de quiproquos complexes. Ironie et décalage sont les armes de cet enchevêtrement délirant qui comprend en vrac une princesse déguisée en soldat, un serviteur travesti en marchand de fleurs, la destruction d’un pont et trois lettres qui plongent les personnages (comme l’auditeur) dans l’incompréhension la plus totale… Inutile, donc, de chercher à s’y retrouver sérieusement. 

Alors qu’il ne bénéficiait que d’une distribution médiocre, la musique de Händel, dans l’un de ces derniers opéras, est absolument magnifique, pleine d’humour et d’inventivité. On a l’impression que l’auteur prolifique pastiche sa quarantaine d’opéras seria. Les airs sont peu catholiques: pas de da capo le plus souvent, des ritournelles d’ouverture absentes, beaucoup d’arioso. Les mouvements sont très brefs, sans véritable continuité narrative (impossible à atteindre vu le livret). Chacun est une sorte de caricature: la pastorale, l’air héroïque comme l’explosion de fureur sont figurés; mais de telle façon qu’ils semblent décalés, ridicules ou pathétiques. 

On a beaucoup parlé de l’incohérence de l’orchestre de Malgoire, de sa faiblesse et de son inconsistance. Or, il s’avère à l’écoute que La Grande Ecurie & La Chambre du Roy se porte plutôt bien. L’orchestre est pontifiant, ampoulé, précieux (Peut-être cela est-il dû à l’habitude de Malgoire de conduire du Lully). Dans un autre opéra de Händel, cela aurait été une faute, pour Serse, c’est un trait d’autodérision. 

Le vrai problème provient surtout des tempi. Malgoire n’a aucun sens dramatique général et l’intrigue ne semble pas avancer. Il y manque du souffle, des ruptures, des contrastes; en deux mots, de la vie et du mouvement. Les récitatifs sont excellents, les chanteurs jouent la comédie et s’imprègnent de la cocasserie de leurs rôles respectifs. Les airs sont tous bien interprétés… sauf le fameux Ombra Mai Fu chanté trop vite et sans passion. Le platane dut être bien déçu. Les artistes sont tous bons, en particulier Carolyn Watkinson (qui a le rôle le plus éprouvant) et le contre-ténor Paul Esswood. Les timbres sont très « baroqueux » et même Barbara Hendricks tire son épingle du jeu avec brio. Pour le reste, on regrette une certaine monotonie, d’autant plus que l’opéra dure près de trois heures qui finissent par devenir lassantes.

En bref, c’est un enregistrement fort honorable que le chef français nous proposait là il y a déjà vingt ans, constitué d’un assemblage de jolis airs sur papier glacé, charmants et sans intensité. 

Viet-Linh NGUYEN

Autre enregistrement : Celui de Nicholas Mac Gegan à la tête du Hanover Band. Plus handelien, plus « sérieux », plus contrasté. On gagne en profondeur ce qu’on perd en ironie. Le DVD de Christophe Rousset (TDK) est très bien chanté malgré des coupes, et une mise en scène assez lourde.

Technique : Bon enregistrement. Remasterisé avec le procédé SBM (Super Bit Maping) de Sony. On entend les pas des chanteurs dans l’Eglise Notre-Dame du Liban à Paris où l’œuvre fut enregistrée.