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"Man muss lernen, was zu lernen ist, und dann seinen eigenen Weg gehen" (Haendel)

Muse5
31 décembre, 2009

Georg-Frederic HAENDEL (1785-1759)

Suites de pièces pour le clavecin HWV 426-441 (1720, 1733)

 

Ragna Schirmer, piano

75’50, 63’53, 68’36, 3 CDs, Berlin Classics, Intégral Distribution, 2009.

 

Voici un digipack soigné, un peu coûteurx, orné d’une belle photographie dépliante où l’interprète sourit humblement adossée aux superbes rayonnages d’une vieille bibliothèque aux reliures d’époque. Une interprète qui joue les 16 Suites pour clavecin du Caro Sassonne sur un gros Steinway. Passé notre premier mouvement d’horreur – bien compréhensible et naturel pour quiconque connaît les ratiocinages de notre Muse – l’on goûte une (re)lecture résolument pianistique et inventive, à la douceur ronde. Ragna Schirmer a su même parfois sublimer ces pièces de jeunesse, publiées sur le tard, en leur conférant une espièglerie sautillante, une vitalité débonnaire, une douceur marbrée qu’on ne s’attendait guère à trouver dans des œuvres fortement inspirée de Mattheson.

Certes, la pianiste ne se retient guère de bouleverser ça et là la partition dans des improvisations imaginatives, mais la diversité des climats qu’elle insuffle est tout à fait revigorante, de même que la variété de toucher dont elle fait montre. Sous ces doigts d’une gracieuse agilité, le monstre d’ébène sonne de manière aérienne et veloutée, aux antipodes de la résonnante profondeur grave d’une Edna Stern.

Voici un Haendel rieur, boitillant et joueur dans l’Aria con variazioni de la HWV 434 au tempo qui s’accélère imperceptiblement, caressant et tendre dans l’Air de la HWV 436 très « française », souple dans une Allemande presque prise à contresens dans la HWV 441. Ragna Schirmer semble ici honnir toute rigidité ou pompe, refusant de marquer trop les temps, entretenant savamment un entre-deux soyeux, détachant ou liant les notes avec un à-propos fantasque mais musicalement convaincant. L’Adagio de la HWV 427, rêveur et timide malgré sa ductilité, débouche sur un virtuose Allegro, à la main gauche bien assise, la célèbre Sarabande de la 437 popularisée par Barry Lindon, s’avère tout de même un peu guindée, tout à l’inverse de la rieuse et dense Gigue de la 439 ou de l’énergique homonyme de la 438.

Continuons un peu cette course imprévue et agile, pour nous retrouver dans une autre Gigue, celle de la 426. La pianiste aborde la pièce sur un tempo très rapide, dévoile presque avec naïveté la mélodie principale avant de l’enrober dans un tourbillon de notes où les mains comme les lignes ont l’air de se croiser en un mouvement perpétuel. On ne sait plus trop où tourner de l’oreille face à une densité et une complexité folles, peut-être un brin narcissiques, mais diablement décoiffantes. Alors, certes, l’on pourra regretter des Largo pesants, moins sombres qu’appuyés, surlignés, stabilotés (HWV 431), des passages trop contraints (Allemande de l’HWV 440 très « joliette » voire creuse et surtout la Passacaille conclusive de la HWV 432 inégale, trop segmentée et avec une mains gauche lourde mais aussi avec quelques élans rêveurs d’une douceur tendre puis des roulements finaux sublimes).

Le lecteur comprendra aisément la difficulté du critique de passer en revue toutes ces suites sans virer à l’indigeste catalogue : un prélude par-ci, un largo par-là, un andante en entrée, trois miserere (pardon, allegri) en dessert. Alors que retient on vraiment de ces presque 3h30 qui passe comme dans un charme ? Eh bien, qu’elles se passent justement comme un charme, en la compagnie fantasque et volubile d’une artiste qui a su imprimer avec force sa vision personnelle de cet opus.

Katarina Privlova

 

Vidéo de présentation (en allemand) © Berlin Classics

Technique : captation précise et franche.