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« Les Voix humaines »

Museor
31 décembre, 2010

Marin MARAIS (1656-1728)

« Les Voix humaines »

Deuxième Livre (1701), Deuxième Partie

 

Jean-Louis Charbonnier (basse de viole, violone), Paul Rousseau (basse de viole), Mauricio Buraglia (théorbe), Pierre Trocellier (clavecin), Hélène Decoin (violon), Philippe Suzanne (flûte traversière).

2 Cds, 61’38 + 61’36, Ligia Digital, 2010.

« (…) si les instruments sont prisés à proportion qu’ils imitent mieux la voix, et si de tous les artifices on estime davantage celui qui représente mieux le naturel, il semble que l’on ne doit pas refuser le prix à la viole (…) » (Marin Mersenne, Harmonie Universelle)

Que de chemin parcouru tout au long de cette intégrale d’abord parue chez Pierre Verany puis chez Ligia Digital depuis 1992. Voilà une œuvre colossale que celle d’enregistrer les 584 pièces de violes de Marin Marais, éditées entre 1686 et 1725 dans ses 5 Livres dont on retient trop souvent uniquement le Second (1701) pour ses fameuses Folies d’Espagne. Que de chemin parcouru aussi par Jean-Louis Charbonnier dont l’archet autrefois un peu sec et fragile dans les aigus a peu à peu pris de l’ampleur et une aisance naturelle remarquables.

Le point d’orgue de cette aventure musicale, capté dans l’étrange église d’Asfeld en forme de viole de gambe (plus ou moins) se résume dans les Voix humaines, superbe pièce d’une gravité et d’une profondeur ouatée et murmurante, « chant de mémoire » comme l’écrit joliment Paul Rousseau. Jean-Louis Charbonnier entame seul son discours avec une douceur résignée, une mélancolie lancinante, une pesanteur dans les double cordes qui se muent avec difficulté comme au crépuscule de la vie, alors que les respirations se font soupirs, que la mélodie compte autant que les silence, et que les ombres capturent ensevelissent peu à peu l’artiste. On oublie dès lors l’art des doigtés et des coups d’archet, la richesse du timbre, la dynamique discrète mais éloquente.

Le Prélude qui suit, malgré le retour des autres compagnons (viole, théorbe et clavecin) persévère dans son spleen hésitant et poétique, où resurgit la douleur d’une vieille blessure mal refermée. Même dans les suites de danses plus convenues, élégantes et graciles, perce une humanité bienveillante et une véritable complicité parmi les musiciens (très belle sarabande rêveuse, gigue angloyse vive sans se presser). Les amateurs de grands contrastes, de tempi extrêmes, d’attaques tumultueuses ne trouveront pas dans cette lecture attentive et fine, où l’on retrouve les mêmes pièces sous différentes combinaisons d’instruments, leur lot d’excitation et de cavalcades. En revanche, à apprécier une Villageoise bien distinguée et  dansante, une Badine galante, une Chaconne en rondeau plus ronde que pompeuse, et un bouquet final à la riche instrumentation mais où la flûte traversière fige plus la mélodie que l’insaisissable basse de viole et rabaisse l’écriture de Marais à quelques suites curiales, on eut aimé que ce point final ne soit qu’un point de suspension.

Viet-Linh Nguyen & Sébastien Holzbauer

Technique : prise de son proche et riche, rendant avec chaleur et précision les inflexions des instruments.

Site officiel de l’ensemble