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Muse5
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
31 décembre, 2010

« Roma 1670″

Oeuvres de Stradella, Lonati, Corelli, Mannelli

Liste des airs
 

Sinfonia a tre, Carl’Ambrogio Lonati (1645-1720)
Sonota a violino e violone o cimballo, Arcangello Corelli (1653-1713)
Il Sospetto, prologo, Alessandre Stradella (1639-1682)
Sonata Prima la Foggia, Carlo Mannelli (1640-1697)
Lascai di Cipro il soglio, prologo, Alessandro Stradella
Sonata a violino e violone o cimballo, compositeur anonyme
Sinfoni a tre, Carl’Ambrogi Lonati
Partite in G major, Carl’Ambrogio Lonati
Reggetemi (Il Capriccio e la Costanza), prologo, Alessandro Stradella

 

Ensemble Vocal e Strumentale Il Concerto d’Arianna

Cristiana Arcari, soprano
Roberto Staccioli, ténor
Valerio Losito, violon et soliste
Giancarlo Ceccacci, violon
Ludovico Takeshi Minasi, violoncelle
Renato Criscuolo, violoncelle
Roberto Caravella, cithare et guitare baroque
Maria Palumbo, clavecin & direction

60’11, Dynamic, distribution Codeex, 2010.

Rome, en 1670, sort d’une longue période pendant laquelle, sous l’impulsion de papes tels qu’Urbain VIII, Innocent X ou Alexandre VII, a émergé un florissant décor baroque. Eglises et basiliques, places monumentales et fontaines, palais et villas, oratoires et colonnes votives, tout n’est plus que mouvements et chantournements, baldaquins torses et encorbellements, frontons festonnés et tympans ornés de mille fioritures. Or, le décès du pape Alexandre VII marque la fin de l’époque exubérante du haut baroque romain, qui se traduit, en termes politiques, par un recul de l’influence de l’Eglise dans les affaires de la Ville, et en terme architectural, par le ralentissement des chantiers monumentaux. Déjà, en 1655, l’arrivée à Rome de la reine Christine de Suède a fait souffler un vent de modernisme dans la vie culturelle et artistique de la ville papale.

C’est ce changement que traduit en substance le choix des œuvres assemblées dans ce CD.  De ces compositeurs peu connus tels Mannelli ou Lonati émanent un subtil sens de la grâce et de l’harmonie, une volonté de maîtriser les ardeurs et la sentimentalité exacerbée de l’âme baroque, qui tendent vers le courant artistique jumeau du baroque, le classicisme.

Le disque s’ouvre sur la Sinfonia a tre in A minor de Carl’Abrogio Lonati, qui, concentrée en quatre très courts mouvements, distille un parfum de bon goût et de raffinement exquis et donne ainsi le ton à l’ensemble de l’enregistrement. Faisant écho à cette gracieuse symphonie d’ouverture, la Sonata a violino dont les spécialistes demeurent divisés sur l’attribution de l’auteur, est une délicate pièce en cinq mouvements, dans laquelle le violon soliste de Valerio Losito prend des accents tendres et gais, tout en retenue, et répond à une basse continue discrète sans être pour autant dénuée de tempérament.

D’un caractère tout aussi élégant est la seule œuvre de Carlo Manelli intégrée au présent ensemble. Dite la Foggia , cette sonate appartient au genre des sonates d’église, et fut dédiée par ce castrat talentueux et habile violoniste au compositeur Francesco Foggia. Il Concerto d’Arianna s’y montre précis dans les attaques, volubile et naturel dans les passages fugués, avec de belles sonorités du côté des cordes, violons et violoncelles. Enfin, si Corelli il y a, ce n’est pas le Corelli trop bien connu, reconnu surtout, des 48 sonates en trio ou des Concerti de Noël, mais le tout jeune Arcangelo qui n’ose encore s’affranchir des règles de la composition dûment enseignées par ses maîtres et prédécesseurs dans cette Sonate inédite un peu verte, que l’interprétation, discrète et timide, raffinée et douce rend intéressante.

Les trois pièces vocales d’Alessandro Stradella, sont des prologues ajoutés par ce dernier à des pièces issues des répertoires vénitiens, et remises au goût du jour afin de les faire jouer dans les théâtres publics romains des années 1670. La soprano Cristiana Arcati égraine, dans le prologue « Lasciai di Cipro il soglio », de légères vocalises, d’une voix pleine et translucide, tandis que Roberto Staccioli fait entendre un organe vocal bien dosé, sans ornementations exacerbées, dans les parties récitatives du prologue « Il Sospetto ». Il est toutefois dommage que l’enregistrement pêche par une attention moindre portée au bon positionnement des micros par rapport aux chanteurs, et qui ne nous permet pas de parfaitement saisir chaque nuance de timbre, chaque syllabe, chaque inflexion.

Il Concerto d’Arianna, dirigé par la claveciniste Maria Palumbo, s’est attelé à projet de recherche et d’exécution de la musique inédite du baroque romain aux XVII° et XVIII° siècles. Studieux et dynamique à la fois, la phalange s’attache aussi bien au travail minutieux et rigoureux sur les sources qu’aux activités de diffusion de cet esprit musical et théâtral qui fait toute la saveur exquise de la Rome baroque, et dont cet enregistrement nous délivre un aperçu des plus agréables.

Hélène Toulhoat

Technique : captation précise pour les instruments, trop lointaine et floue pour les voix.