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Mendelssohn serait content

Muse2
31 décembre, 2009

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Concertos pour clavecin, BWV 1053, 1055, 1056, 1052.

 

Accademia Bizantina, clavecin et direction Ottavio Dantone

60’. Decca, 2009.

Le livret évoquait l’“intime dialogue musical entre soliste et ensemble” dans ces concertos pour clavecin que l’Accademia Bizantina a gravé chez Decca. L’ensemble, qui se produisait il y a quelques jours en concert s’était avéré peu convaincant chez Bach et excellent chez Vivaldi. Hélas, ce manque d’affinité se confirme au disque, et, après la promesse de délices musicaux, nous en sommes d’autant plus déçu dans notre attente

Dès le départ manquent justement une osmose, un échange entre le clavecin agile d’Ottavio Dantone et le reste de sa phalange. Les tuttistes paraissent jouer sans aucune considération pour le clavecin, et aucune des deux parties ne parvient à se mêler à l’autre (mis à part dans le premier allegro du BWV 1052). Le continuo de violoncelle et contrebasse évoque plus une sorte de timide ronflement sourd que le soutien harmonique de l’orchestre, tandis que les deux violons et alto, traînant, tirant, gonflant leurs notes à des extrémités plus romantiques que baroques – qui raviraient tous ceux qui considèrent Bach comme un préfigurateur du romanticisme, et s’adonnent à jouer ses œuvres sur pianoforte, instrument pour lequel il a toujours refusé de composer – éclatent, se déchirant et dissipant en de trop grands traits d’archets, tandis qu’ils essaient de voler la vedette au clavecin. Dans les premier et troisième mouvements du BWV 1053, on est ainsi presque surpris de redécouvrir la présence du clavecin aux moments où il joue seul, ou encore dès les premières notes du BWV 1055 qui n’ont pu que faire sursauter votre pourtant aguerri serviteur, tant l’attaque est violente.

Et il est d’autant plus dommage que l’instrument soliste se laisse trop souvent submerger par les dessus, car Dantone se défend plutôt bien, assis devant son instrument. On admire un toucher précis, délicat, des accords justement envoyés et dosés, sans excès flagorneurs, et rapidement c’est sur le claveciniste qu’on tâche de se rattacher, seul pupitre véritablement vivant de l’ensemble. On arrive parfois à en oublier le reste, quelques instants. Soutenant l’émotion avec grâce et parfois virtuosité, Dantone rappelle ce que la musique peut avoir de charnel (nous est-il encore permis de citer le premier mouvement du 1052, où les puissants accords implacables nous saisissent immanquablement, avant d’être engloutis dans le terrible mécanisme oppressant de la partition que rend si bien le claveciniste sans lourdeur ni redondance ?), quand il n’est pas, et trop peu souvent hélas, dévoré par les cordes frottées goulues.

Certes, l’interprétation est tout à fait correcte, mais quelque chose semble empêcher les notes de parvenir jusqu’à nous, de communiquer cette excitation vibrante, ces émotions variées qui charment l’auditeur. En somme, la musique reste jolie, mais presque trop « classique« , assagie, avec des notes alignées sans charme. Et surtout la balance entre le soliste et l’orchestre est totalement déséquilibrée, alors même qu’il n’y a qu’un instrument par partie.

La mayonnaise ne donc prend pas et les œufs en neige retombent trop vite, épuisés par les lancinants mais vagues coups de fouets qui leurs sont imposés.

Charles di Meglio

Technique : bon enregistrement. Pas de remarques particulières.

Lire aussi :

Jean-Sébastien Bach, Antonio Vivaldi, Sonate et Concertos dont Les Quatre Saisons, Stefano Montanari, Accademia Bizantina, dir. Ottavio Dantone (Théâtre des Champs Elysées, Paris, 28 janvier 2009)
Jean-Sébastien Bach, Intégrale des Concertos pour clavecin, Leonhardt Consort, dir. Gustav Leonhardt (Teldec, enr. 1968)