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Un canevas de drames et de douleurs…(Michi dell’Arpa, E che vuoi più, La Gioannina & Françoise Masset – AgOgique)

Muse5
8 septembre, 2014

Orazio Michi dell’Arpa  (1595-1641)

E che vuoi più ?

Liste des airs

Consonanze stravaganti, Giovanni Maria Trabaci (1575-1647), Ricercate, Canzone francese … Libro Primo.
Empio cor
Io, che del mondo amante
Toccata per spinettina sola over liuto, Girolamo Frescobaldi (1583-1643), Il Primo Libro delle Canzoni.
Sonetto di papa Urbano VIII sopra Christo crocifisso
Gagliarda Quarta alla Spagnola, Giovanni Maria Trabaci, Il secondo Libro de Ricercate & altri varij Capricci
Folle chi crede
Ecco di rose infonia
La Gioannina, Stefano Landi
Vermiglia l’Aurora
Tempo fu
Passacaglia, Girolamo Kapsperger (1580-1651), Libro Quarto d’Intavolatura di Chitarrone
Sonetto della morte du Christo Signor Nostro
Su duro tronco
Gagliarda Prima detta la Galante, Giovanni Maria Trabaci, Il secondo Libro de Ricercate & altri varij Capricci
Io son amante
Nella bella stagion
Alma che ti sollevi
Canzon a due, Giovanni Priuli (1575-1626)
T’offesi
Vita della mia vita
Gagliarda Prima, Giovanni de Macque (vers155-1614), Conservatorio di Musica
S.Pietro a Majella
Son mie Signor
Fermate
Pensier ch’al ciel s’en vola

Orazio Michi dell'Arpa, E che vuoi più?, Agogique, 2013La Gioannina & Françoise Masset

1 coffret livret – 1 cd, 72’49, agOgique, 2013

Les fils d’amour, de joie, de tristesse, de douleur constituent bien là, la trame du CD. La Gioannina, ensemble fondé en 2012 par Nanja Breedijk (Harpe triple) et Rémi Cassaigne (Luth, Théorbe et Guitare), explore avec brio ce répertoire baroque de «l’amour souffrant » d’un illustre inconnu : Orazio Michi dell’Arpa (v. 1595-1641). Ce dernier comprendra tout son intérêt de se mettre au service des princes de l’Eglise, notamment avec les cardinaux Montalto, Maurizio di Savoia. Michi se révèle être un virtuose de la harpe. Cependant, la plupart de son oeuvre se limitera à la musique spirituelle vocale, sujet de ce CD.

La Gioannina, avec la collaboration de la soprano Françoise Masset, interprète des pièces pour voix accompagnée à la harpe, au luth, au théorbe, à la guitare. Ce programme « Michi » est complété par des pièces instrumentales signées de ses maîtres napolitains Giovani De Macque et Giovanni Maria Trabaci et de ses pairs Girolamo Frescobaldi, Girolamo Kapsperger, Stefano Landi, Giovanni Priuli. 

Dans “Cansonanze stravaganti” de Trabaci, Nanja Breedijk, livre ici grâce à sa harpe triple – harpe chromatique à triple rangée de corde –  une interprétation toute en subtilité se rapprochant de la sonorité du luth. Sa dextérité lui permet « d’étouffer » le son riche de la harpe afin d’éviter les dissonances, la cacophonie. Sous ses doigts agiles, Breedijk exprime la douceur, la plénitude dans le court extrait ”Gagliarda Prima” de G. de Macque. Rémi Cassaigne quant à lui révèle ses talents de musicien hors pair en jouant du luth, du théorbe ou de la guitare. Il montre sa virtuosité au luth dans “Toccata per spinettina sola over liuto” de Frescobaldi. Juste à l’écoute, il est facile d’imaginer ses doigts survolant avec légèreté les cordes par des changements spontanés, contrastés peu conformes aux règles de contrepoint usité à l’époque. Ils signent tous deux une parfaite interprétation de la musique du XVIIe siècle, fruit d’un long travail musicologique.

Quant à la soprano Françoise Masset, son expressivité suscite une écoute attentive. Elle personnifie le « recitar cantando » et sans aucun jugement péjoratif, dispose du talent de diseuse, chante lyriquement tout en racontant la douleur, le drame, varie avec raffinement ses ornements, chemine en alternant airs et récits, invitant l’auditeur à se laisser emporter par cette palette multicolore de sentiments, de ressentis. Les épreuves de la vie prennent ainsi toute leur dimension dans “Alma che ti sollevi” de Michi. La repentance s’accomplit avec sincérité, “T’offesi”. Elle se convertit, nous convertit avec “Tempo fu”. Elle nous dresse, avec “Sonetto di papa Urbano VIII sopra Christo crocifisso”, un « tableau » criant de vérité, celui de la Passion du Christ. Sa diction claire et distincte, son accentuation permettent de voir les blessures du Christ avec un réalisme à couper le souffle ! Une superbe incarnation.

 

Jean-Stéphane SOURD-DURAND