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Sublime !

Museor
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Opéra
1 décembre, 2004

Claudio MONTEVERDI (1567-1643)

L’Orfeo
 

La Musica : Montserrat Figueras, Orfeo : Furio Zanasi, Euridice : Arianna Savall, Messaggiera (Sylvia) : Sara Mingardo, Speranza : Cécile van de Sant, Caronte : Antonio Abete, Proserpina : Adrina Fernández, Plutone : Daniele Carnovich, Apollo : Fulvio Bettini, Ninfa : Mercedes Hernández, Eco : Marília Vargas, Pastori : Gerd Türk, Francesc Garrigosa, Carlos Mena, Iván García.

Chorégraphie : Anna Casas, metteur en scène : Gilbert Delfo

La Capella Reial de Catalunya
Le Concert des Nations
Direction : Jordi Savall

DVD Opus Arte, enr. au Gran Teatre del Liceu, Barcelona, 31 janvier 2002.

 

« Enfin », aurait-on eu envie de dire, car l’Orfeo n’est pas une œuvre facile d’accès au public non italianisant : comme pour tout opéra inscrit dans le drame et dans la parole, il faut en comprendre le texte ; or comprendre le texte dit avoir les yeux rivés sur le livret pendant l’écoute, ce qui est loin d’être idéal. Le DVD est souvent un moyen adéquat d’avoir la musique et le livret sous les yeux sans effort, avec en prime, quand tout va bien, le drame qui se déroule réellement sous nos yeux, comme si on y était. Ici, c’est parfaitement le cas : la musique apparaît dans toute sa splendeur : les chanteurs-acteurs sont tous excellents, et la mise en scène sublime. Une seule tache, car il faut bien en trouver une : la traduction française n’est pas excellente – mais c’est somme toute souvent le cas ; ainsi, Speranza a été rendu une fois par « Déesse de l’espoir », et l’autre par « Espérance » ; on s’y perd un peu, d’autant plus qu’une des subtilités du livret à l’acte III tient justement à l’allégorie. Bref.

Jordi Savall dirige son Concert des Nations et sa Capella Reial de Catalunya avec brio et délicatesse ; je dis bien qu’il dirige : vous ne le verrez pas prendre une viole de la soirée. Comme toujours, l’orchestre est doté d’un son très plein, qui surprend plus dans ce répertoire que dans Lully ; les trompettes et les percussions ont ce qu’il faut de brillant. Les effets de la plainte à Charon d’écho ne sont cependant en reste : avec toute la douceur qu’on en attend. Dès la toccata d’entrée, on est surpris d’abord par la clarté des trompettes, puis par la présence de l’orchestre, et finalement, on a absolument pas l’impression d’avoir entendu trois fois la même chose. Ajoutez encore que l’orchestre n’est pas jeté une bonne fois pour toute dans la fosse après l’« ouverture », mais qu’on y revient (la caméra du moins) et vous aurez compris qu’il n’y a pas que la scène et les chanteurs, mais qu’il s’agit bien d’un « duo ».

Justement, la mise en scène. Je l’ai dit, elle est sublime. C’est une mise en scène « d’époque », en costumes, décors, tout. Mais en même temps, elle a quelque chose de moderne, car même les personnages ne sont pas uniquement sur la scène. Ainsi, notre petite Messagère (porteuse de la mauvaise nouvelle) arrivera du même endroit que Jordi Savall, c’est à dire qu’on la verra traverser la rangée centrale du théâtre pour venir se placer devant l’orchestre. Ensuite elle montera sur scène, pour redescendre et repartir. Le metteur en scène, Gilbert Delfo, a eu l’idée louable de nous placer dans une esthétique de la représentation : les musiciens sont aussi costumés, on voit bien que les nuages sur lesquels descend Apollon sont faux, mais curieusement, ça prend quand même : même si l’on voit le drame se faire sous nos yeux, on est happé par ce qu’on voit de tous les côtés, ce qu’on entend de tous les côtés aussi.

Les chanteurs sont tous excellents, je n’ai aucune réserve particulière à formuler sur eux. La Musica de Montserrat Figueras est pleine de poésie, l’Orphée de Furio Zanasi plein de majesté, même dans sa douleur, la messagère de Sara Mingardo qui reste dans son médium et ses aigus, remplie d’un pathos dont elle nous déverse une portion à chaque mesure. Les trois divinités de la fête – Apollon, Proserpine et Pluton – sont empruntes de la gravité qui sied à leur rang, mais non sans humanité en ce qui concerne le couple infernal ; leurs voix, étonnamment puissantes et pleines, contribuent grandement à les élever au-dessus des mortels.

N’oublions pas les quelques chorégraphies d’Anna Casas, peu nombreuses mais charmantes, qui contribuent à nous rendre le caractère total de ce spectacle.

Vous l’aurez compris, nous avons là l’Atys-1987 de Monteverdi, à mon humble avis… De plus, les prises de vues sont intelligentes (même si certaines sont discutables), et la prise de son sans défaut. On ne s’ennuie pas, c’est beau à voir, enchanteur à entendre : que demander de plus ?

Loïc Chahine

Texte

ORFEO 

Rosa del ciel, vita del giorno,
e degna prole di lui
he l’ Universo affrena,
sol, che’l tutto circondi
e ‘l tutto miri,
da gli stellati giri,
dimmi:
vedesti mai di me più lieto
e fortunato amante ?
Fu ben felice il giorno,
mio ben, che pria ti vidi,
e più felice l’ hora
che per te sospirai,
poich’ al mio sospirar
tù sospirasti.
Felicissimo il punto
che la candida mano
pegno di pura fede à me porgesti.
Se tanti cori avessi
quant’ occh’ il ciel sereno
e quante chiome sogliono i
colli haver
l’Aprile e ‘l Maggio,
colmi si farien tutti
e traboccanti di quel piacere
ch’oggi mi fà contento.

EURIDICE
Io non dirò qual sia nel tuo gioire,
Orfeo, la gioia mia,
che non hò meco il core,
ma teco stassi
in compagnia d’ Amore.
Chiedilo dunque a lui s’
intender brami quanto lieta
i gioisca,
e quanto t’ ami.

NINFE, PASTORI
Lasciate i monti,
Lasciate i fonti, …
Vieni Imeneo, deh vieni, …

Ritornello

PASTORE
Ma s’ il nostro gioir
dal ciel deriva,
come dal ciel ciò
che quà giù s’ incontra,
giust’ è ben che divoti
gl’ offriam
incensi e voti.
Dunque al tempio ciascun
rivolga i passi
a pregar lui ne
la cui destra
è il mondo,
che lungamente
il nostro ben conservi.

Ritornello

PASTORI
Alcun non sia che disperato
in preda si doni al duol,
benché talhor n’ assaglia
possente sì che
la nostra vita inforsa.

Ritornello

NINFE, PASTORI
Che poi che nembo rio
gravido il seno
d’ atra tempesta inorridito
hà il mondo,
dispiega il sol più chiaro
i rai lucenti.

Ritornello

PASTORI
E dopo l’ aspro gel
del verno ignudo
veste di fior la primavera
i campi.

NINFE, PASTORI
Orfeo di cui pur dianzi furon cibo
i sospir bevanda il pianto,
oggi felice è tanto
che nulla è più che
da bramar gli avanzi.