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Monteverdi aux anges ! (Monteverdi, Vespro della Beata Vergine, Cappella Mediterranea, Ambronay ed.)

Muse5
25 juillet, 2014

Claudio Monteverdi (1567 – 1643)

VESPRO DELLA BEATA VERGINE (1610)

 

Vespro della vergine, Capella Mediterranea, Ambronay editionsSoprani – Céline Scheen/ Mariana Flores
Contre-ténor – Fabian Schofrin
Ténors – Fernando Guimaraes/Zachary Wilder
Barytons – Matteo Bellotto/Victor Torres
Basse – Sergio Foresti

Chœur de Chambre de Namur
Cappella Mediterranea
Dir.  Leonardo Garcia Alarcon

87’16, Ambronay Editions, 2014

Il est des œuvres qui demeurent des monuments, hiératiques, sublimes et dont le mystère ne se transperce qu’à travers le génie ou la ruse.  Mais il est aussi des interprètes, des équipes d’exception qui peuvent aborder ces monuments par la délicatesse et l’humilité. Comme un beau rayon de soleil qui écarte les ombres et révèle des beautés inattendues d’une façade mille fois contemplée, ou donne à une statue l’éclat de la vie, la musique monumentale a besoin d’un éclairage lumineux pour révéler sa merveille. Parmi les monuments musicaux de notre baroque, les Vespro della Beata Vergine de Monteverdi sont une cathédrale à l’universalité complexe.  Composées au tout début de la Contre-réforme, ces pages de liturgie révolutionnent la vision de la musique rituelle. 10 ans exactement après le bûcher qui ensevelit Giordano Bruno, la musique de Monteverdi semble épouser ses théories universalistes, elle semble infinie dans la louange mais aussi dans les situations, comme si le divin pénétrât ainsi toute chose, chaque fibre du vivant. De la sensualité profonde des psaumes et cantiques aux mystères de la polyphonie quasiment médiévale, chaque chant est un théâtre, chaque cœur se transforme en temple. C’est plus une adoration à la création divine, qu’une flagellation ostensible. Tournant subtilement le dos à la sobriété de Palestrina, au hiératisme d’Allegri ou aux étranges harmonies de Gabrielli, Monteverdi épouse le nouveau souffle baroque dans sa partition.  Le madrigal la porte en volutes et nous offre une vision passionnée.  

C’est visiblement ce que Leonardo Garcia Alarcon semble nous apporter dans cette nouvelle production des Vêpres. Prises sur le vif dans l’Abbatiale d’Ambronay lors du 34ème Festival d’Ambronay, ce double album revisite un monument du baroque. Cette reprise n’en est pas moins une redécouverte. Leonardo Garcia Alarcon et sa Cappella Mediterranea nous ont habitués à trouver dans les partitions une nouvelle sonorité, retrouver des détails inattendus. En effet, Leonardo Garcia Alarcon, en plus de savoir s’entourer d’une équipe solidement musicienne, sait varier les intensités, créer une ambiance, redonner à ces Vêpres toute leur portée collective, leur message autrement plus sacré que celui d’être une louange au vivant. Le chef argentin puise dans sa connaissance profonde du style baroque les formidables couleurs qui se posent sur chaque note comme sur une toile. Nous saluons encore une fois son investissement et les nuances qu’il nous apporte pour notre plus grand bonheur, mais aussi pour celui de l’œuvre.  

Basilique San Marco © Muse Baroque, 2010.

Basilique San Marco © Muse Baroque, 2010.

Côté voix, si bien le choix des sopranes est judicieux avec Mariana Flores au timbre corsé et capable d’une belle présence, Céline Scheen apporte une belle note de fraîcheur notamment dans le duo « Pulchra es ».  Pour les ténors, le choix de Zachary Wilder est un peu plus problématique avec parfois quelques petits écarts dans la justesse, mais une très belle voix, un timbre agréable et des possibilités exploitables.  Toujours dans une forme incroyable, Fernando Guimaraes reprend un « Nigra sum » d’une perfection absolue et d’une narration théâtrale très intéressant. Le reste de la distribution est correct sans nous étonner davantage. 

Le Chœur de Chambre de Namur répond efficacement à la baguette du maestro Alarcon et est au cœur de l’intensité religieuse et dramatique de cet ouvrage.  Répondant tout aussi bien la Cappella Mediterranea nous offre ici une nouvelle référence discographique que nous conseillons vivement de découvrir.  Ces nouvelles Vêpres ne s’écoutent pas dans la contrition, mais dans une célébration continue et une imagination sans limite, nous répondons à l’appel de Leonardo Garcia Alarcon, ses solistes et musiciens pour revisiter nos monuments sous d’autres soleils. 

Pedro-Octavio Diaz