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« Montre-toi plus humain que critique ; et ainsi tes plaisirs en seront plus grands » (D. Scarlatti, Préface des Essercizi per gravicembalo)

Museor
31 décembre, 2010

Domenico SCARLATTI (1685-1757)

Sonates pour clavecin K. 420, 462, 132, 65, 144, 119, 426, 115, 206, 25, 475, 30

(+Antonio SOLER (1729-1783) : Fandango)

Bertrand Cuiller (clavecin italien de Philippe Humeau, 2002)

63’30, Alpha / Outhere, 2010.

K119. Ce n’est pas encore le matricule de l’épopée dangereuse d’un sous-marin soviétique en perdition sous les pôles, mais une aventure tout aussi périlleuse dans les méandres scarlattiens. C’est sans compter l’énergie et la fantaisie de Bertrand Cuiller, qui se lance avec délectation dans l’écriture variée et imprévisible du compositeur, aidé en cela par le Bel Italien de Philippe Humeau, un clavecin coloré, résonnant, aux graves ventrus. La K420 en ut majeur explose dès son thème fier et plaqué avec force, la mélodie s’épanouissant avec une virtuosité amusée, notamment dans les doubles-croches répétées, avec une précision extravertie. La K462, plus tendre et rêveuse, moins dense, bourgeonnant éclat de printemps avec quelques passages presque hésitants se révèle plus touchante, de même que la sensuelle K132 au Cantabile ondulant, tout comme l’élégant K144. Le claveciniste sait aborder chacune des sonates de manière directe et immédiate, tentant d’en saisir le caractère principal, l’esquissant à la manière d’un crayonné de Watteau plein de vie, de verdeur et de mouvement. On regrettera qu’une seule pièce de Soler soit incluse, un Fandango enivrant. La K119 ou la K115 sont l’occasion de se laisser aller au plaisir du Scarlatti féroce des montagnes russes clavecinistiques, avec ces accords ténébreux, ces chevauchées fantastiques qui dévalent le clavier à pleines mains, cet amas de notes jouissif et sans arrière-pensées. Bertrand Cuiller rend pleinement justice à ce bouillonnement spectaculaire et intarissable, d’où l’auditeur sort épuisé, happé par l’incroyable dynamisme de l’ensemble, désorienté par la liberté du jeu et de la structure, surpris – pour les mélomanes peu habitués à Scarlatti – par cet étalage décomplexé. A quand un disque Soler ?

Sébastien Holzbauer

Technique : Prise de son proche et fidèle, qui met en valeur le superbe clavecin de Philipe Humeau.