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Morne plaine

Muse2
3 mars, 2008

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Six Suites pour violoncelle seul

 


Nikolaus Harnoncourt (violoncelle Andrea Castagneri, Paris, 1774 – violoncelle piccolo Baer, Salzbourg, milieu du XVIIème siècle)

61’72 + 78’49, Apex, enr. 1965.

Cet enregistrement inédit des Suites pour violoncelle de Bach a été publié à l’occasion des 250 ans de la mort de Bach, dans la collection Bach 2000 de Teldec. Exhumant une version d’Harnoncourt qui n’avait jamais été destinée à la commercialisation, la maison de disque mettait en avant une interprétation entre les visions classique et baroque. Avait-elle raison de miser sur le succès de cette captation cotonneuse et lointaine, qui lorgne plus du côté du pirate fétichiste que de la prise de son professionnelle ?

La réponse est non, mille fois non. Disons-le tout net et à sa décharge, si Nikolaus Harnoncourt lui-même considérait cet enregistrement comme un vague essai de travail, c’est qu’il avait ses raisons. Le grand défricheur s’y révèle appliqué et scolaire, comme s’il déchiffrait la partition. Les tempos sont uniformes, les coups d’archet laborieux et détachés (tirer-pousser-tirer-pousser, ah attention, lier), le discours implacablement haché. Parfois à la limite de la justesse, découvrant un instrument ancien au son caverneux qu’une prise de son de camping improvisé n’arrange guère, le violoncelliste peine à trouver un réel souffle, tandis que son approche sans vibrato aucun, froide et clinique comme un hall d’institut médico-légal, enlève toute caractérisation aux pièces. Ecoutons ensemble le Prélude de la 2nde suite, où l’archet poussif et impuissant semble s’étonner lui-même de parvenir à tirer des sons à peu près convenable de l’historique et noble instrument Castagneri. Trouvons la patience de subir cette Courante de la 3ème suite qui avance note par note à la manière d’un randonneur déshydraté. Déplorons la gigue dégingandée de la 4ème suite. Und so weiter… Comme vous l’aurez compris, les danses ne sont guère dansantes, les mouvements sans émotion se contentent d’empiler les notes avec plus ou moins d’habilité. Les doubles cordes sont parfois baveuses, les arpèges métronomiques.

Au bout des deux heures de calvaire musical à écouter ce qui ressemble à un échauffement, on classe avec soin la galette dans l’étagère « enregistrements historiques et curiosités » pour se reconcentrer sur les fondamentaux : l’expressivité slave d’un Rostropovitch (EMI), la vivacité très personnelle de Bruno Cocset (Alpha), l’équilibre d’un Anner Bylsma (notamment dans son second enregistrement Sony), voire la plus classique des versions baroques, le sombre crépuscule de Jaap Ter Linden (Harmonia Mundi). Alors que Teldec réédite depuis décembre 2007 une très judicieuse sélection de titres rares de sa collection de musique ancienne Das Alte Werk où l’on retrouve Harnoncourt bien plus inspiré, le meilleur service que l’on peut rendre à ce grand maître est d’oublier ce péché de jeunesse.

Sébastien Holzbauer


Technique : 
enregistrement lointain et cotonneux, avec des effets de saturation.