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Mort à Paris : le meurtre mystérieux de Jean-Marie Leclair

Publié dans : Actualités - Edito
1 juin, 2007

Jean-Marie Leclair. D.R.

23 octobre 1764, « la date vaut d’être retenue » comme disait Jean-Piat avec sa voix inimitable dans les Rois Maudits. Un des plus brillants violonistes français et excellent compositeur git dans son vestibule. Le vestibule d’une bâtisse étrange, restée longtemps inhabitée, située hors des murs de la capitale, en-deçà de la Porte du Temple. A 67 ans, Jean-Marie Leclair vient d’être assassiné. Il venait de se séparer de sa seconde femme. L’homme était soi-disant instable, ombrageux, peu aimable, tout le contraire de son portrait officiel qui nous le présente, jeune et satisfait, le sourire aux lèvres, prêts à ravager la vertu de quelques galantes.

Violoniste virtuose, il publia son premier recueil de sonates à 25 ans et déjà on y trouvait cette union des goûts français et italiens, cette fougue alliée à de gracieuses mélodies. Au fur et à mesure, l’Italie triomphera dans le quatrième volume de sonates et dans ses concertos. Pourtant sa seule incursion dans le monde de l’opéra aura donné lieu à un chef d’œuvre : Scylla et Glaucus, tragédie mise en musique représentée à l’Académie royale de musique en 1746. L’opéra combine des récitatifs soignés et très lullystes, des chœurs aux harmonies presque ramistes, des divertissements nombreux et variés qui ne sont pas sans rappeler l’Alcyone de Marais. L’orchestration est opulente, les parties de violons extrêmement exigeantes, la manière plus franche et carrée que le suggestif Rameau. On regrette que cette aventure lyrique soit restée sans lendemain.

Que reste t-il donc de Jean-Marie Leclair, en dehors de ses œuvres musicales ? Et bien, un bon roman policier dans la lignée des « grands détectives 10/18″ de Gérard Gefen, L’Assassinat de Jean-Marie Leclair (Belfond, 1990). L’auteur se fonde sur les faits réels et mène l’enquête dans les ténèbres parisiens du siècle des Lumières, remuant les bas-fonds, accumulant les personnages glauques au cours d’une intrigue certes réussie, mais bien éloignée des hypothèses sérieuses. En effet, les plus fins limiers pencheraient pour le frère, le neveu, un rôdeur ou encore Guignon (un compositeur jaloux). Mais la piste s’est bien refroidie après deux siècles et demi. Et le meurtrier du compositeur peut hélas dormir en paix sans connaître la juste postérité de sa victime…

                                                                                                                                                    Viet-Linh NGUYEN