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"Mortels dieux, révérez la divine harmonie"

Muse5
31 décembre, 2009

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Concerts avec plusieurs instruments, tome IV

 

Concerto pour violon en la mineur BWV 1041
Concerto pour 2 clavecins en ut majeur BWV 1061
Concerto pour flûte, violon & clavecin en la mineur BWV 1044
2ème Concert Brandebourgeois en fa majeur BWV 1047

Pablo Valetti, David Plantier, Guadalupe del Moral, Nick Robinson (violons), Patricia Gagnon (alto), Petr Skalka (violoncelle), Ledek Brany (contrebasse), Diana Baroni (traverso), Michael Form (flûte), Hannes Rux (trompette), Céline Frisch, Dirk Börner (clavecins)

Café Zimmermann
Pablo Valetti, Konzertmeister

61’, Alpha, 2009.

Il a déjà été prouvé plusieurs fois que Bach ne pouvait assurément pas être humain, mais en réalité une incarnation de la musique ; nous ne nous attarderons donc pas à démontrer ce dernier point, pour davantage nous concentrer sur le quatrième tome des Concerts avec plusieurs instruments qu’Alpha et le Café Zimmermann consacrent au divin Cantor, et qui atteste de l’origine extrahumaine de JSB. Café Zimmermann, bien entendu, en hommage au lieu lipsien qui accueillait les concerts du Collegium Musicum, dirigé par Bach de 1729 à 1739 et pour lequel il a composé nombre de concerti, œuvres instrumentales et ses cantates profanes.

Il est évidemment vain et futile d’écrire sur les présupposées idées que l’on pourrait avoir sur la façon dont ces pièces étaient jouées à leur création. Il est pourtant difficile d’imaginer qu’elles aient pu l’être différemment sous la houlette du compositeur, car dans cet enregistrement, on ne trouvera pas de nuances débordantes qui tenteraient d’éclabousser de gloire un musicien égocentrique, nul éclat sonore pour tirer la couverture à soi. Au contraire, les musiciens du Café Zimmermann s’effacent entièrement derrière la Musique et ses notes pour la laissent vivre, exister, respirer – à l’état pur. Cette liberté ne signifie pas non plus qu’ils la laissent fuir, débridée, s’échappant de façon incontrôlable, tandis qu’ils joueraient leurs mesures absents et sans âme : tout est ici enlevé, souple et léger mais avec un sens de la cadence, de l’équilibre et des tempos bien nets (le troisième mouvement du BWV 1044, par exemple, justifie sans hésitation l’indication allabreve).

Dès les premières notes du premier mouvement du concerto BWV 1041, envoyées avec une force précise et sûre, on est séduits, convaincus, happés, et par la musique et par la qualité de l’ensemble français, dont on sent le véritable plaisir d’interpréter ces pièces, et de travailler ensemble. Et jamais le terme d’ensemble n’a été aussi juste pour désigner un groupe de musiciens, car c’est véritablement ensemble qu’ils avancent. Malgré les parties de solistes des différents concerti, chacun des pupitres se complète avec une cohésion admirable. Citons l’extraordinaire complicité entre Céline Frisch (co-fondatrice de l’ensemble) et Dirk Börner, les deux clavecins du concerto BWV 1061, où les instruments se répondent toujours avec une perverse espièglerie, joutant avec une véritable amitié complice et profonde. Le toucher présent, fort mais jamais martelé des cembalistes, fait ressortir la profondeur des basses tout en gardant la légèreté piquante des aigus, et on se surprend parfois presque à se demander s’il y a effectivement deux clavecins qui s’échangent les voix et non qu’un seul, tant ils se complètent harmonieusement. Il en est de même avec tout le reste de l’ensemble, que ce soient les violons, flûte et clavecin du BWV 1044, ou même la trompette, les autres vents et le violon dans le BWV 1047, où la trompette d’une suavité extrême se laisse parfois même confondre avec le traverso ou la flûte. Chacun avance de conserve, insuffle à l’autre sa force, porté par un beau et riche continuo, toujours présent mais jamais écrasant.

Très vite, la musique nous tient presque en otage, et il nous est impossible d’y échapper, de s’intéresser à autre chose tant sa pureté et fougue nous transportent et nous submergent. Un seul regret : que l’enregistrement s’arrête, heure fatale à laquelle on ne peut que se ruer sur les trois volumes précédents des concerts par les mêmes, ou relancer ce disque-ci, heureux, béat, plein de musique.
 

Charles Di Meglio

Technique : excellente prise de son, précise et aérée