Close

« La grâce, plus belle encore que la beauté. » (Motets pour la Chapelle d’un Prince, Correspondances, Daucé – Harmonia Mundi)

Museor
1 octobre, 2014

Motets pour la Chapelle d’un Prince

Meslanges de sujets chrétiens, cantiques, litanies et motets, mis en musique à 2, 3, 4 et 5 parties, avec une basse continue (1658)

 

Liste des airs

Étienne MOULINIÉ (1599-1676)
Litanies de la Vierge  mises en musique pour Madame
Motets
Cantate Domine – à cinq
Flores apparuerunt
Dum esset rex
Ego flos campi 

Motets du nom de Jésus
O bone Jesu – à cinq
O dulce nomen – à cinq

Motets du Saint Sacrement

Lauda Sion salvatorem – à cinq
Caro mea vere est cibus – à cinq 
O salutaris hostia – à cinq


Motet pour le jour des Roys

Magi videntes stellam – à cinq

Motet à Saint Etienne

Ecce video – à cinq

Motet de la Vierge

Veni sponsa mea – à cinq  

Antoine BOËSSET (1586-1643)
Jesu nostra redemptio – à quatre et à cinq 

François DE CHANCY
Allemande 

Louis CONSTANTIN (c.1585-1657)
La Pacifique

meslanges_correspondances_hmEnsemble Correspondances, dir. Sébastien Daucé (clavecin et orgue)

Caroline Dangin-Bardot, Caroline Weynants, Marie-Frédérique Girod (dessus), Lucile Richardot, Marie Pouchelon (Bas-dessus), Stephen Collardelle  (haute-contre), Davy Cornillot, Randol Rodriguez (tailles), Etienne Bazola, Louis-Pierre Patron (basses-tailles), Renaud Brès, Nicolas Brooymans (basses)

Lucile Perret, Matthieu Bertaud (flûte à bec), Myriam Rignol, Paul Marcos (dessus de viole), Etienne Floutier (ténor de viole), Laurent Dublanchet, Mathilde Vialle (basses de viole), Diego Salamanca (luth), Thibaut Roussel (théorbe)

66’10, Enr. 2014, Harmonia Mundi, HMC 902194

 

 

« La grâce, plus belle encore que la beauté. » Adonis, Jean de La Fontaine (1658)

Concurrent politique de Louis XIII dans son propre royaume, instigateur de nombreux complots, Gaston duc d’Orléans rivalisa également avec son frère dans le domaine des arts. Il sut notamment s’entourer de fameux compositeurs dont Etienne Moulinié, qui durant plus de trente ans le servit en tant que directeur de sa musique, puis maître de musique de ses enfants. Originaire du Languedoc, le compositeur fut formé à Narbonne dans la tradition scolastique. Mais c’est grâce à ses airs de cour, genre musical alors très en vogue, qu’il put plaire à la société parisienne.

Homme profondément croyant, en quête d’un idéal de beauté poétique qui élève l’âme et s’adresse au cœur, Moulinié fait publier en 1658 ses Meslanges sur des sujets très chrétiens, à mille exemplaires ! De l’avertissement au lecteur émane sa volonté de « purifier la musique », et de revenir à la pratique « des premiers poètes [qui] ont été en même temps les premiers musiciens. » 

Après Marc-Antoine Charpentier (ZZT) et Antoine Boesset (ZZT), l’Ensemble Correspondances réaffirme par cet enregistrement son affinité avec le répertoire français du premier baroque. S’il fallait un mot pour définir ces Meslanges, ce serait sans doute « la grâce ».

La grâce, c’est l’incarnation d’un geste entre la terre et le ciel, c’est un élan de vie saisit dans son vol. C’est la lumière chatoyante des voyelles, ceintes de consonnes finement ciselées (« Veni sponsa mea »). C’est l’évocation d’un état délectable perceptible par la caresse des sens ; c’est la sensualité d’une phrase qui naît de presque rien et qui s’ouvre, s’accroit de dissonances en dissonances, nous tire vers le haut, éclate enfin à son paroxysme, se résout, et revient au néant (« Popule meus »). La grâce, c’est une apparente fragilité, comme l’aigu cristallin des dessus (« Jesu nostra redemptio »), les ornements coulés avec subtilité par les instrumentistes (« O bone Jesu »), quelque chose d’insaisissable. La prosodie est comme posée du bout de lèvres fermes, alliant force et délicatesse à la fois. De ce paradoxe naît un sentiment étrange, à l’image de l’entrelacement des timbres des violes et des flûtes, indicible mais d’une généreuse suavité. 

Isaure d’Audeville