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Mozart brisé, Mozart martyrisé mais Mozart libéré !

Museor
31 décembre, 2008

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)

Concertos pour violon et orchestre
Sinfonia Concertante K. 364

mozart_carmignolaGiuliano Carmignola (violon), Danusha Waskiewicz (alto, K. 364)
Orchestra Mozart, direction Claudio Abbado 

57’36 + 71’45, Archiv, 2008.

 

Les concertos pour violon de Mozart… Cinq œuvres célébrées jusqu’à la trame, jouées, rejouées, rebattues jusqu’à la banalité et à l’indifférence. Et, en dépit de la jaquette du disque qui prétend que cette nouvelle interprétation sur instruments d’époque apporterait une « nouvelle énergie et vitalité » aux concertos, c’est avec un scepticisme blasé qu’on accueille ce coffret double, à la couverture artistiquement floue. Et l’on a tort. Car cet enregistrement fera date. D’abord parce qu’il ne s’agit pas d’un Mozart « baroquisé » comme un autre. Point ici d’invasion baroqueuse en terres mozartiennes, d’ensembles spécialisés chez Monteverdi ou Bach franchissant la frontière du classicisme viennois avec leurs réflexes interprétatifs archaïsants et leurs justifications musicologiques de bon aloi. Ce serait oublier la carrière de Giuliano Carmignola qui n’a pas uniquement passé sa vie à enregistrer du Vivaldi avec l’Orchestre baroque de Venise. Ce serait surtout oublier l’immense expérience de Claudio Abbado.

Et c’est dans l’étrange alchimie d’une interprétation baroque par des classiques que réside la spécificité de cette version. Dès les premières notes du premier concerto, l’oreille s’étonne. Voici l’Orchestre Mozart très incisif, aux pupitres bien différenciés, sans perdre pour autant cohésion, rotondité et force. Les timbres des instruments sont remarquablement colorés, redécoupant avec une finesse aérienne la ligne mélodique grâce à leurs interventions d’habitude si souvent « noyées » dans la pâte orchestrale. Cela est nettement perceptible en ce qui concerne les cors, les hautbois et les flûtes aux accents parfois ramistes.

Cette sensation de légèreté lumineuse se poursuit avec l’archet agile de Carmignola, virtuose sans virer à l’exhibitionnisme, bondissant sans brutaliser la partition. Car, comme l’explique le violoniste « pour jouer ces concertos, il faut un son apollinien ». Son violon ancien (dont nous n’avons pas réussi à retrouver les références exactes) n’est pas la machine grinçante qu’on redoute : point ici de cordes si grainés qu’elles en deviennent cruelles, de coups d’archet saccadés attaquant systématiquement des notes fortement piquées. Si le vibrato est utilisé avec parcimonie, Carmignola s’attache à insuffler un lyrisme incandescent à ces pages. L’Adagio du concerto n°3 est un rêveur distrait, le Rondeau qui suit un rien nostalgique, à l’inverse du Presto du premier concerto démonstratif et tout à sa joie extériorisée. Les envolées sont là, altières, élancées, d’une intelligibilité immédiate, comme dans l’Allegro aperto du 5ème concerto. Le dialogue avec l’orchestre est constant, évitant l’effet caricatural de l’alternance remplissage orchestral / soliste spectaculaire. Et pourtant, sous la douceur élégante et l’amplitude du geste perce une certaine rugosité, une impatience emportée, reflet d’un tempérament entier et sanguin. Et finalement, cette « nouvelle énergie et vitalité » clamée par la jaquette, eh bien, nous l’avons bien trouvée.

Alexandre Barrère

Technique : Belle prise de son, naturelle et précise.