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Per l’Aquila, e per Mozart

Museor
31 décembre, 2010

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)

Divertimenti K 247 & 334 pour deux cors et cordes

 

mozart_divertimenti_officinaOfficina Musicale
Direction Orazio Tuccella 

« Per l’Aquila »

74’24, Fuga Libera, 2010

 

C’est d’abord une aventure humaine (comme le dirait certaine chaîne culturelle) que conte Michel Stockhem dans les notes de programme, qui – avant les doctes considérations musicologiques – s’abandonne à l’anecdote d’un dîner de juillet 2009, quelques jours après que la terre eut engloutie une partie de l’Aquila, ville dont la légende veut qu’elle ait été fondée par la réunion de 99 paroisses au XIIIème siècle. Trois mois à peine après le terrible séisme naissait l’idée de cet enregistrement avec l’Officina Musicale de l’Aquila, qui après avoir exploré majoritairement la création contemporaine revenait vers Wolfgang… Les deux œuvres sélectionnées ont été conçues pour un effectif de cordes et cors et datent de 1776 et 1780 respectivement. Ces Divertissements ne sont habituellement guère tenus en haute estime des mélomanes : musique d’ameublement, musique de table ou d’après-dîner, sérénade de plein-air de bon ton, le divertissement divertit de sa légèreté gracieuse, et sa mélodie agréable et superficielle s’oublie le temps d’un mouvement d’éventail ou d’une coquette moue.

Et pourtant, Orazio Tuccella, sans jamais renier l’aspect galant et souriant du genre, parvient à insuffler une humanité et un équilibre remarquables à ces partitions, les hissant pratiquement au niveau de concertos, jouant sur les couleurs et les timbres, disséquant les lignes, sculptant le phrasé de nuances en nuances. Il y a des Brandebourgeois et des Concerti da camera vivaldiens dans ces Divertissements à travers leur polyphonie décomplexée, leur absence d’instrument soliste unique,  leur liberté formelle et joueuse. Loin de l’effroi des 308 infortunés, loin des lézardes et des débris, l’Allegro du K 334 n’est qu’élégance et rondeur, le violon solo élégiaque et virtuose, irrésistible d’entrain, pas pressé pour un ducat. Les pizzicati s’intercalent, l’orchestre moelleux mais dynamique attend son heure, les cors – naturels – ajoutent ça et là leur piment bouchonné. L’Officina Musicale fait preuve d’une précision extrême mais sans sécheresse, d’un son très aéré, que Tucella renforce par de fréquentes respirations. Voilà un Mozart dégraissé mais non brutal, dansant et futile quand il le faut (Menuetto), lyrique quand il le peut (Tema con variazioni – Andante – Adagio, et au souffle sensuel.

La caresse laisse la place au Divertimento en fa majeur, plus dense et plus complexe quoique moins jubilatoire, à l’Allegro majestueux et bien rythmé, oscillant entre bonhomie bourgeoise et pompe aristocratique. Mais on appréciera surtout l’Andante grazioso et cette manière que Tucella a de laisser flotter les notes, d’introduire des diminuendi, de ne jamais perdre de vue derrière les arabesques fleuries une vitalité apaisée qui poursuit son chemin vers la barre de mesure finale. L’on avouera que le premier Menuetto, trop carré et ponctué des interventions régulières de cors n’atteint guère les cimes des Abbruzzes, que le second Menuetto paraît quelque peu routinier. Mais ces réserves sont plus imputables à l’écriture de ces pièces qu’aux artistes qui en tirent la substantifique moelle, et balaient nos doutes et nos grimaces d’un coup d’archet d’Adagio ample et relâché, où la noblesse perce derrière une apparente facilité.

Pour conclure, on ne fera égoïstement pas l’acquisition de ce disque pour soutenir l’Officina Musicale de l’Aquila, pour relever les murs, raviver les fresques, redonner son lustre à la magnifique cité médiévale, mais parce que ces Divertimenti pleins d’esprit, gonflés d’espoir, d’une liberté nacrée satisferont les mélomanes exigeants, et contribueront à réhabiliter quelque peu ce genre trop souvent contemplé avec dédain.

Anne-Lise Delaporte

Technique : prise de son très précise, d’un beau naturel.