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Coup de foudre (Mozart, Finta Giardiniera, Concert d’Astrée – Lille, 27/03/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
12 mai, 2014

Mozart, La Finta Giardiniera

Le Concert d’Astrée, dir. Emmanuelle Haïm

Mise en scène David Lescot

© Patrick Delecroix / Opéra de Lille

© Patrick Delecroix / Opéra de Lille

 
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)


La Finta Giardiniera (1775)

Opera buffa en trois actes, livret attribué à Giuseppe Petrosellini, K. 196



Distribution

Carlo Allemano (Don Anchiso, Podestat), Erin Morlay (Violante / Sandrina) , Enea Scala (comte Belfiore), Marie-Adeline Henry (Arminda), Marie-Claude Chappuis (Ramiro), Maria Savastano (Serpetta), Nikolay Borchev (Roberto/ Nardo) 

Figurants : Dimitri La Sade-Dotti, Marcelo Rodrigues Rolim de Goes


Mise en scène : David Lescot

Scénographie : Alwyne de Dardel

Costumes : Sylvette Dequest

Lumières : Paul Baureilles


Chefs de chant : Philippe Grisvard, Ugo Mahieux

Orchestre Le Concert d’Astrée :

Violons I : David Plantier, Mathieu Camilleri, Emmanuel Curial, German Echeverri Chamorro, Céline Martel, Weronika Rychlik, Clémence Schaming

Violons II : Maud Giguet, Myriam Cambreling, Pierre-Henri Dutron, Gabriel Ferry, James Jennings, Isabelle Lucas

Altos : Laurence Duval, Frédéric Gondot, Cécile Lucas, Martha Moore, Michel Renard

Violoncelles : Féelix Knocht, Annabelle Luis, Marion Martineau, Xavier Richard, Emily Robinson

Contrebases : Nicola Dal Maso, Ludovic Coutineau, Elodie Poudepièce

Flûtes traversières : Olivier Benichou, Anna Besson

Hautbois : Patrick Beaugiraud, Yann Miriel

Bassons : Philippe Miqueu, Emmanuel Vigneron

Cors : Jeroen Billiet, Yannick Maillet, Bart Indevuyst, Franck Clarysse

Trompettes : Guy Ferber, Emmanuel Alemany

Timbales : David Dewaste

Pianoforte : Philippe Grisvard

Direction Emmanuelle Haïm


Co-production Opéra de Lille/ Opéra de Dijon


Représentation du 27 mars 2014 à l’Opéra de Lille

La Finta Giardiniera, oeuvre de jeunesse de Mozart (il avait alors dix-huit ans) créée à Münich en 1775, est peu fréquemment représentée sur les scènes françaises. C’est donc avec une gourmandise emprunte de curiosité que votre serviteur se préparait à assister à cette représentation, fruit des efforts conjoints des opéras de Lille et de Dijon. La musique et le chant sont les principales qualités de cette œuvre au livret invraisemblable, émaillé de travestissements et de rebondissements, navigue entre marivaudage et commedia dell’arte. Qu’on en juge :

Le comte Belfiore a tué son amante la marquise Violante dans un accès de jalousie, puis s’est fiancé à  la capricieuse Arminda, nièce du Podestat Don Anchise. De son côté Violante, qui n’est pas morte, s’est déguisée en jardinière. Accompagnée de son serviteur Roberto (lui aussi déguisé en jardinier, et qui se fait appeler Nardo) elle se fait engager au service du Podestat sous le nom de Sandrina. Le Podestat préfère maintenant Sandrina à sa servante Serpetta, qui repousse de son côté les avances de Nardo. Ramiro, ancien fiancé d’Arminda, laisse éclater sa jalousie. Sandrina révèle sa véritable identité à Belfiore, qui se jette à ses pieds, puis se renie. Ils deviennent alors tous fous ! Après le « réveil » des personnages l’opéra se termine sur un triple mariage : Belfiore avec Sandrina, Ramiro avec Arminda, et Serpetta avec Roberto, tandis que le Podestat part à la recherche d’une nouvelle jardinière…

© Patrick Delecroix / Opéra de Lille

© Patrick Delecroix / Opéra de Lille

Dès les premières mesures de l’ouverture, le Concert d’Astrée sous la direction d’Emmanuelle Haïm nous projette dans le climat ébouriffé de cette « folle journée ». Cors et percussions sonnent pour le régal de nos oreilles, tandis que bientôt le pianoforte moëlleux de Philippe Grisvard prend le relais pour accompagner les récitatifs. Au passage, on ne louera jamais suffisamment les mérites de cet instrument pour restituer l’atmosphère délicate des récitatifs mozartiens, et il faut saluer qu’il soit de plus en plus souvent réhabilité dans les productions de ces dernières années. Soulignons encore la subtilité aérienne de l’orchestre pour accompagner l’aria de Sandrina « Geme la tortorella » au premier acte, les finales brillamment enlevés (en particulier le magnifique septuor qui clôt le premier acte, prélude aux grands ensembles des oeuvres majeures avec Da Ponte), et la surréaliste scène de folie collective qui clôt le second acte. De l’ouverture au finale, l’orchestre excelle à s’attarder sur la beauté d’un air, ou au contraire à nous entraîner dans les rebondissements le plus échevelés, imprimant un allant « sostenuto » qui enlève le spectateur au-dessus des méandres du livret pour mieux souligner le caractère jubilatoire de l’intrigue.

Du côté des chanteurs le plateau bénéficie d’un bon niveau, et d’une belle homogénéité. Dans les rôles de Violante/ Sandrina Erin Morlay possède un timbre cristallin aux aigus bien développés. Son « Noi donne poverine » enjoué s’appuie sur un jeu de scène convaincant, et son « Geme la tortorella » est empli d’une émotion contenue. On peut encore citer son magnifique duo avec Belfiore avant le final. Avec son timbre teinté d’une pointe d’acidité, Marie-Adeline Henry incarne une Arminda capricieuse et versatile à souhait. Dès son premier air « Si promette facilmente » elle fait preuve d’une bonne capacité d’abattage, et d’un bon talent scénique, qui se confirment dans l’air de fureur du second acte « Vorrei punirti indegno » où elle étête les fleurs de sa cravache sous les yeux effrayés du comte ! La Serpetta de Maria Savastano est une Despine avant l’heure, au timbre légèrement cuivré et au caractère joyeusement déluré, qui s’acquitte avec bonheur du « Chi vuol godere il mondo », après un beau duo avec Nardo au premier acte. De sa voix aux reflets métalliques Marie-Claude Chappuis enfile avec brio l’habit de Ramiro : après le délicieux « Se l’augellina sen fugge » du premier acte, ses ornements dans le « Dolce d’amor compagna speranza » (au second acte) sont remarquablement fluides, et le « Va pure ad altri in braccio »  reçoit des applaudissements mérités

 

© Patrick Delecroix / Opéra de Lille

© Patrick Delecroix / Opéra de Lille

Les chanteurs masculins ne sont pas en reste. Dans le rôle bouffe du Podestat Carlo Allemano possède un timbre bien stable doté d’une belle projection. Son jeu de scène renforce opportunément l’aspect comique du personnage dans les récitatifs comme dans ses trois arias. En comte Belfiore en proie à la folie Enea Scala affiche des aigus bien ronds, même lorsqu’il développe ses effets burlesques (le désordonné « Che belta, che leggiadria » et le parodique à souhait « Sirocco a tramuntana »). Enfin Nikolay Borchev campe de sa projection énergique un Roberto/ Nardo emporté (« A forza dei martelli »), qui nous régale ensuite d’un florilège de grotesque (« Con un vezzo all’italiana »). Mentionnons aussi son très beau « Mirate che contrasto » bien souligné par le pianoforte.

La mise en scène recèle quelques trouvailles intéressantes : la représentation des scènes antérieures lors de l’ouverture, et surtout l’effet de stupéfaction provoqué par le basculement du mur du fond appuyé d’un courant d’air qui traverse la salle en prélude à la scène de la folie collective. Lors du réveil des personnages les mythes antiques chers aux operas seria sont ridiculisés, et les personnages arborent régulièrement de beaux habits XVIIIème. En revanche le dénuement relatif du décor, rehaussé de quelques fleurs ridicules ne nous a guère convaincu. Mais ce soir-là cette Fausse Jardinière avait bien d’autres atouts que ces fleurs, et c’est ce que nous retiendrons au final.

Bruno Maury

Site officiel de l’Opéra de Lille
Site officiel du Concert d’Astrée