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Muse Baroque et femme actuelle

Publié dans : Bonus - Digressions
18 octobre, 2009

Récit d’un atelier de danse baroque avec Béatrice Massin

Atelier de danse Baroque dirigé par Béatrice Massin, directrice de la Compagnie Les Fêtes Galantes
18 octobre 2009, Centre National de la Danse, Pantin (93)

© Compagnie Les Fêtes Galantes

Lassée des idéaux de papier glacé de la presse féminine, piquée par une curiosité irrépressible, Muse Baroque, apôtre d’une féminité à la fois sophistiquée et résolument contemporaine, s’est aventuré sur le terrain plutôt méconnu de la danse baroque, à l’occasion des « Danses partagées » du Centre National de la Danse de Pantin, le 18 octobre dernier. Béatrice Massin, grande prêtresse de la danse baroque, y donnait en effet un cours d’initiation à la danse du Grand Siècle.

De quoi prouver aux lecteurs de la Muse, s’il en était jamais besoin, que la baroque-attitude, c’est carrément trendy…

 

1er constat : la danse baroque, c’est in.

En atteste l’expérience de votre Muse, qui parvint in extremis à décrocher la dernière place disponible de l’atelier : exit la danse contemporaine, les danses latinos, l’afro-jazz, l’afro-contemporain, et même le bon vieux cours de classique sous la houlette du danseur étoile Nicolas Le Riche – excusez du peu ! De tous les ateliers organisés ce jour-là par le CND, les 2 cours les plus plébiscités furent bel et bien… le hip hop et la danse baroque. Preuve d’ailleurs que votre Muse n’est jamais en retard d’une tendance.

 

2ème constat : la danse baroque, c’est viril.

Béatrice Massin accueille ses élèves d’un jour avec chaleur et enthousiasme, même si l’on sent rapidement poindre la rigueur de la chorégraphe sous l’amabilité de l’artiste.

Et recadre vite l’imaginaire – il est vrai parfois un peu débridé – de la Muse : la danse baroque, explique-t-elle, est avant tout une danse d’hommes, et plus précisément de militaires ; elle a une fonction sociale bien déterminée, qui est celle du paraître du courtisan devant le Roi. Anatomiquement étudié, le geste baroque se caractérise par son élan, son impulsion dans l’espace, non sans rapport avec son origine militaire. Exit donc les clichés des robes à panier (pourtant ô combien chers à votre Muse !), Béatrice Massin nous pousse à marcher au hasard en « déplaçant [nos] volumes », en conquérant l’espace, afin de se mouvoir en s’imposant avec grâce.

 

3ème constat : la danse baroque, c’est terriblement intelligent.

La danse baroque est la première danse occidentale à utiliser l’en-dehors de jambe. La position de base, (passée à la postérité par le biais de la danse classique), pieds joints par les talons et orteils pointés vers l’extérieur, assure la stabilité et la symétrie chère au style militaire. Le port de bras s’inspire largement de la marche, en créant des oppositions bras/jambes à la fois naturelles, logiques, et savamment étudiées dans les combinaisons de pas avant/arrière. Béatrice Massin nous rappelle à cette occasion que le corps du danseur baroque est terriblement contraint – de perruque, de corset, de traines…- ; tout l’art baroque consiste donc à créer une danse faite d’impulsions et d’espace, tout en s’appuyant sur des mouvements somme toute plutôt réduits (déhanchements évidemment proscrits, mouvements de bras limités à une ouverture d’environ 120°, mains et poignets souples).

 

4ème constat : la danse baroque, c’est sensuel.

Et pas seulement parce que l’on peut la danser au rythme effréné du Magnificat de Charpentier. Béatrice Massin nous apprend qu’au-delà de cette rigueur militaire, tous les pas baroques s’exécutent dans « cette incroyable sensualité de la pointe du pied trainant sur le sol ». Muse Baroque note également, à titre tout à fait personnel, que comme toute la finition des pas de danse s’effectuait en relevés sur demi-pointe, les mollets et fessiers des danseurs de Versailles, au vu de la fréquence des bals de la Cour et de la cadence de la musique, n’avaient sans doute rien à envier à ceux des adeptes de nos cours de gym « abdo-fessiers ».

 

5ème constat : la danse baroque, c’est fun.

Déjà, parce qu’elle se danse facilement en couple ; et que même si le rôle de la cavalière était, à l’origine, limitée à celui de faire-valoir de leurs courtisans de maris, les femmes ont rapidement eu toute leur place dans cette danse qui valorise la majesté et la grâce.

D’autre part, parce que le rythme des pas de base étant rapidement assimilés (demi-coupés, pas-de-bourré), on peut assez rapidement se lancer dans des chorégraphies en couples, disposés en cercles, et se faire des trips « l’Allée du Roi » en se prenant pour Dominique Blanc (et vive les robes à paniers !). 

Au bout d’une heure et demi de demi-coupés-pas-de-bourrés, Muse Baroque, s’élançant avec grâce au son de la Watermusic de Haendel, est vraiment conquise. 

Et peut le confirmer à ses chers lecteurs, qui ne manqueront pas désormais de brancher leurs Ipod® dans le métro pour pouvoir hocher la tête au rythme du Te Deum de Charpentier : la baroque attitude, ça déchire grave.

 

Anne-Lise Nguyen

 

Lire aussi : 

Les Danses en France à l’époque baroque
Site officiel du CND   
Site officiel de la Compagnie Les Fêtes Galantes