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Musica secreta

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
26 mars, 2013

Lassus, Musica secreta,
La Main Harmonique, dir. Frédéric Bétous

Festival Passions Baroques à Montauban 2013

 La Main Harmonique au Temple des Carmes à Montauban © La Main Harmonique

La Main Harmonique au Temple des Carmes à Montauban © La Main Harmonique

 

Roland de Lassus
Musica Secreta
La Main Harmonique
Direction Frédéric Bétous

Samedi 23 mars 2013, Temple des Carmes

Ce festival baroque tournant autour de cette époque comme le Soleil autour de la Terre, après la France pré-révolutionnaire, nous voici chez Lassus au sein du Temple des Carmes pour un concert consacré à la « Musica secreta » de Lassus. Ce titre appelle quelques éclaircissements, car cette « musique secrète » ou « musica reservata » décrit un style innovant mêlant échelle chromatique et diatonique. Outre des motets souvent fondés sur des textes antiques Virgile, Sénèque, Horace), le cœur du concert est consacré aux splendides 12 Prophetiae Sibyllarum (les Prophéties de la Sybille), qui sont à nos yeux presque aussi importantes dans l’œuvre de Lassus que ces madrigaux spirituels les plus fameux, telles les célèbres Lagrime di San Pietro publiées à titre posthume en 1595.

La Main Harmonique à Montauban © La Main Harmonique

La Main Harmonique à Montauban © La Main Harmonique

 

Un peu à la manière de l’enregistrement de Weser Renaissance avec Manfred Cordes (CPO), La Main Harmonique sait se glisser dans ce répertoire difficile avec une sobre intensité, une beauté diaphane, une intelligence du chant syllabique et homophonique confondantes. Alors qu’on aurait pu adopter une approche plus rhétorique, en particulier au niveau des articulations ou des fins de phrases, Frédéric Bétous s’est efforcé de délivrer un message à la fois concentré, à la spiritualité affirmée et discrète, laissant s’épanouir les quatre voix de manière équilibrée (malgré une acoustique néfaste aux pupitres intermédiaires), sans jamais imposer un contrepoint qui doit se dégager de lui-même. En outre, la Main Harmonique évite l’écueil de la préciosité, et il se dégage de cette lecture une atmosphère apaisée, modeste et lumineuse, emplie de douceur et de sincérité, à l’image d’un retable de Van Eyck. La Sibylla Libyca s’avère très subtile et expressive (« reclinet Reginae mundi »), le motet Beatus ille d’une verticalité dense, avec une troisième partie fervente et optimiste, la Sibylla Samia ample et solennelle, presque plus théâtrale dan son « Ecce dies, nigras quae tollet laeta tenebras ».

 

La Main Harmonique à Montauban © La Main Harmonique

La Main Harmonique à Montauban © La Main Harmonique

On regrettera parfois un archiluth peu audible, une vision peu démonstrative, trop rigoureuse, ne facilitant pas la compréhension des entrées, n’insistant pas sur les affects (motet Anna mihi dilecta majestueux et hiératique, bien distant du texte galant parlant de nymphe et de baiser). Les attaques sont peu nerveuses, les ruptures soigneusement évitées  (Motet Tityre tu patulae), mais cette lecture homogène dénotant un parti-pris refusant toute facilité, aux chromatismes envoûtants est de celle qui reste dans les mémoires.

Viet-Linh Nguyen  

Site officiel de la Main Harmonique 

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