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N’attendons plus le Messie

Musemois
1 février, 2007

Georg-Frederic HAENDEL (1785-1759)

Le Messie (Messiah)

 

Henry Jenkinson, Otta Jones, Robert Brooks (trebles) ; Iestyn Davies (contre-ténor), Toby Spence (ténor), Eamonn Dougan (basse)
Choir of New College Oxford
Academy of Ancient Music, dir. Edward Higginbottom

2 CDs, Naxos, 2006.

Edward Higginbottom justifie ce nouvel enregistrement par son choix de la version londonienne de 1751, où Haendel fit appel à des sopranos garçons à la fois dans le chœur et pour des parties solistes. Il n’avait pourtant guère besoin de ce prétexte musicologique, puisque cette interprétation se révèle l’une des plus satisfaisantes de toute l’abondante discographie, à placer aux côtés du poétique William Christie (Harmonia Mundi), du presque parfait Christopher Hogwood (Oiseau-Lyre) ou du chambriste Ton Koopman (Erato).

Loin des excentricités séduisantes et tapageuses de René Jacobs (Harmonia Mundi) – dont l’enregistrement est paru pratiquement en même temps en novembre dernier – Edward Higginbottom dirige son Messie comme un chef de chœur. Attentif à l’armature globale de l’ouvrage, se refusant à des tempi trop extrêmes sans pour autant sacrifier à la contemplation immobile, le chef imprime une direction dramatique et équilibrée.

Les solistes sont absolument merveilleux : leur humilité exemplaire se double d’un engagement sans faille. Point d’ornements pyrotechniques ou de ténor grandiloquent narcissique au sein de cette équipe soudée et attentive au beau chant. Certes, pris individuellement, Iestyn Davies, Toby Spence ou Eamonn Dougan sont de très bons solistes parfois surclassés par d’autres rivaux. Mais en tant que plateau vocal, on a rarement vu une telle homogeneité : une basse puissante et moelleuse, un ténor enfin « baroque » sans ce côté Don Ottavio dégoulinant, un contre-ténor élégant et stable, d’une clarté perçante dans les aigus. Et les 3 enfants direz-vous ? Dignes du Tölzer Knabenchor, et le compliment n’est pas mince. Notre trio fait preuve d’une maturité surprenante dont le chant nuancé, d’une touchante fragilité, se révèle plein d’émotion. 

Le Chœur du New College d’Oxford présente des effectifs très réduits (16 chanteurs) qui confèrent aux chœurs une transparence surprenante et qui ne pardonnent pas l’approximation. L’approche est dynamique et précise, d’une vigueur qui balaie les stéréotypes des angéliques Anglais confinés à Gibbons et aux chants de Noël. Le preneur de son a d’ailleurs remarquablement su capter ses interventions toujours spectaculaires.

Enfin l’orchestre… sait se faire oublier. L’Academy of Ancient Music laisse deviner une rigueur millimétrée, une exubérance contrôlée, une souplesse confondante. Suggestive sans être envahissante, soutien complice presque caché dans les coulisses, la prestigieuse AAM laisse entrevoir ses qualités plus qu’elle ne les étale, laissant la part belle aux voix. On notera cependant avec plaisir des cordes veloutées et un basson dans le continuo. Si un mot résume cet enregistrement, ce serait « naturel » tant ce Messie à la diction impeccable semble couler de source…   

Viet-Linh Nguyen

Technique : Excellente prise de son avec une dynamique et une ampleur formidables pour les chœurs, des voix très naturelles et une spatialisation réussie.