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« Ne confondez pas le sombre avec l’obscur. L’obscur accepte l’idée de bonheur ; le sombre accepte l’idée de grandeur » (Victor Hugo)

31 décembre, 2009

Joseph HAYDN (1732-1809)

Te Deum für die Kaiserin Marie Therese Hob. XXIIIc:2

Georg Joseph Abbé VOGLER (1749-1814)

Grosses Requiem Es-Dur

 

vogler portadaRoswitha Schmelzl (soprano), Dominika Hirschler (alto), Michael Mogl (ténor), Wolf Matthias Friedrich (basse)

Neue Hofkapelle München
Orpheus Chor München 
Direction Gerd Guglhör

66’36, Oehms Classics, 2009

 

Que la note ne vous trompe pas, ô lecteur, 4 signifie qu’il s’agit là d’un bon enregistrement, digne de figurer dans toute discothèque intéressée aux rayonnages encore hospitaliers. 4 signifie également qu’il ne s’agit point de 5 ni du métal précieux, et que l’absence dudit CD, quoique regrettable, n’en sera pas pour autant criminelle. On trouve tout d’abord un majestueux Te Deum de Haydn, en l’honneur de l’Impératrice Marie Thérèse. Un peu moins de 9 minutes martiales et grandioses, scandées par les timbales et trompettes et par l’Orpheus Chor München ample et convaincant. Gerd Gulghör prend l’œuvre à bras le corps, préférant faire valoir la masse imposante et écrasante du chœur que s’attarder sur les subtilités orchestrales, esquissées de manière un peu frustre. La direction, droite et d’une violente énergie souffre de ne pas laisser suffisamment de respirations et de sous-entendus.

C’est ce même reproche que l’on fera au très beau Requiem de Vogler, que nous connaissions déjà par une autre interprétation honnête (Arte Nova, 1999). Cette œuvre complexe et audacieuse, tant dans ses chromatismes que dans ses couleurs instrumentales, d’un lyrisme noble post-classique, fut interprétée pour les funérailles d’Haydn en 1809. La ferveur sombre, intense, douloureuse du chœur introductif laisse ça et là entrevoir quelques aigus, éclaircies dans un ciel lourd et couvert, ravagé par les cuivres, encerclé par les arpèges des cordes et bois du « Te decet hymnus ». L’atmosphère uniformément pesante et crépusculaire, la violence inouïe du « Dies irae » déchaîné et brut – avec une Neue Hofkapelle München sèche et dure – établissent un climat désespéré, d’une noirceur indicible que confirme un « Mors stupebit » redoutable 

Puis viennent les voix féminines et les flûtes de l’ « Ingemisco » puis les courbes gracieuses des cordes qui sous-tendent le « Domine Jesu Christe » généreux et reposé. Et la lumière chasse l’orage. Le « Sanctus » énergique et optimiste, presque profane, l’ « Agnus Dei » tendre avec son solo de violoncelle, le « Libera me » menaçant et tendu confirment le talent de l’Abbé Vogler, qui enjambe les styles et les climats avec témérité.

Pourtant, comme nous le signalions précédemment, la fière baguette de Gulghör, trop peu nuancée, uniquement soucieuse de grandeur monumentale, à la force grandiose et monolithique, frappe par sa puissance mais livre une vision réductrice, et peu empreinte de recueillement. On aurait aimé plus de soin apporté aux timbres hors les cuivres, plus de lyrisme dans « l’Offertorium », des solistes plus inspirés dans leurs soli. En l’état, cette parution bienvenue témoigne avec éclat du génie de Vogler, en attendant une version plus nuancée et plus liturgique de ce Requiem souvent comparé par les connaisseurs à celui de Mozart, pour son évocatrice présence.

Alexandre Barrère 

Technique : prise de son ample et réverbérée.