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Ne Terzi-versons plus.

Museor
12 mars, 2006

Giovanni Antonio TERZI (c. 1570 – 1599)

Liquide Perle

 

terzi_liquideperle_galliEmanuela Galli (soprano), Gabriele Palomba (liuti), Franco Pavan (liuti)

60’00, E Lucevan Le Stelle, enr. 2001.

 

L’intégralité de ce programme est consacré à Terzi, luthiste originaire de Bergame sur lequel l’histoire a jeté son voile de mystère. En effet, mis à part la Scena Letteraria de gli scrittori bergamaschi publiée en 1664 par le Père Donato Calvi et deux Livres de compositions datés de 1593 et 1599, il ne reste plus rien de Giovanni Antonio. Mais l’essentiel subsiste, à savoir ces formes instrumentales libres – Préludes, Toccatas et Fantaisies – , ces tablatures vocales, ces danses. Pointent parfois dans les œuvres un zeste de style français (on retrouve ici la chanson « Petit Jaquet ») tandis que l’art de la diminution est porté à un degré de maturité remarquable.

Dès le « Non mi toglia il mio ben » Emanuela Galli fait valoir un timbre extrêmement uni, d’un beau velours, totalement dépourvu de vibrato. Cette projection très droite, d’une exemplaire égalité, doublée d’un phrasé volontairement flottant et ample qui se plaît à allonger les mesures conduit à un interprétation d’une grande quiétude qui frise le mysticisme et l’invocation. Les tempi sont assez semblables, blottis dans un confort moelleux et décadent ; les musiciens étant plus sensibles à la couleur et à la poésie générale qu’à la théâtralité. Cette perle liquide est celle de l’onde pure, à peine effleurée par la caresse de la brise matinale, dans laquelle se reflète les nuages immobiles. Gabriele Palomba et Franco Pavan accompagnent avec une douceur attentionnée la soprano, et demeurent discrets dans leurs morceaux de luth seul comme dans un « Vestiva i colli » d’une charmante – apparente – hésitation. On distinguera en particulier une « Fantasia seconda » au contrepoint ciselé et à la vivacité murmurante et une « Canzone del Corregio » aux arpèges fugaces. Le climat soupirant, tout en demi-teinte, et nimbé d’une constante sensualité confère une saveur unique à cet enregistrement totalement différent de l’interprétation franche et virtuose d’un Paul Beier (Stradivarius).

Alexandre Barrère

Technique : prise de son feutrée et distante qui convient parfaitement à l’ambiance vaporeuse de l’enregistrement