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Nigel Rogers : le demi-dieu de Monteverdi

Publié dans : Articles - Dossiers - Essais
9 février, 2004

Nigel Rogers : le demi-dieu de Monteverdi

 

Nigel Rogers en 2005.

Nigel Rogers en 2005.

Nigel Rogers

Né le 21 mars 1935, à Wellington (prononcez Vilain Thon à la napoléonienne pour dénigrer le « vainqueur de merde » de Waterloo, comme disait l’Empereur le matin du 18 juin 1815 dans la banlieue de Bruxelles, en parlant de la Guerre de la Péninsule), Nigel David Rogers a été choriste à King’s College Cambridge de 1953 à 1956 et a reçu de nombreux diplômes : BA en 1956,  MA en 1960 de Cambridge, Munich Hochschule für Musik en 1959-1961…

Il commence sa carrière de ténor professionnel avec Thomas Binley et le Studio der frühen Musik Munich en 1961. A partir de 1978 on le retrouve professeur de chant au  Royal College of Music de Londres et en 1979 il fonde l’ensemble vocal Chiaroscuro, tourné en particulier vers la musique italienne du baroque naissant. 

Selon nos agents qui campent jour et nuit devant son cottage, Nigel (qu’il nous pardonne une telle familiarité) aimerait la marche, le bon vin, les voyages et les jolies jeunes femmes…

Le ténor monteverdien par excellence

C’est dans les années 1970 que Nigel Rogers atteint le sommet de son art, couronnement de longues périodes d’étude du chant ancien, en particulier du recitar cantando de la 2nde manière de Monteverdi. Cherchant à retrouver le « chant de gorge » issu de la Renaissance, attentif avant tout à l’expression dramatique, inébranlable dans les passagi ornementés si difficiles à chanter avec grâce, le ténor rayonne. Hélas, la voix s’usera à partir de la fin des années 1980, perdant son agilité légendaire, son assurance héroïque et sa virtuosité inégalée. A cet égard, son second enregistrement de l’Orfeo de Monteverdi, co-dirigé avec Charles Medlam (EMI), se révèle bien décevant.

D’après mes impressions et le Baker’s Biographical Dictionary of 20th Century Classical Musicians (1997); International Who’s Who in Music & International Directory (13th Edition, 1992/93).

                                                                                                                                            V.L.N. 

Extraits Audio

Les rééditions d’enregistrements des années fastes de Nigel Rogers sont désormais extrêmement rares, et quasi-impossibles à se procurer. Aussi, afin de partager avec vous notre enthousiasme et vous faire (re)-découvrir ce chanteur d’exception,  la Muse Baroque met-elle gracieusement ces extraits à votre disposition, à titre purement illustratif.

Voici donc de larges extraits de l’Orfeo, et des madrigaux complets de Monteverdi. Attention, le chargement peut prendre du temps, selon votre connexion Internet, car la compression est en qualité maximale. Si vous n’avez pas de haut débit, télécharger plutôt les fichiers sur le disque dur.

x signifie qu’un extrait audio au format .mp3 est disponible à l’écoute ou au téléchargement (clic droit puis « enregistrer la cible sous » dans ce dernier cas). 

Orfeo (1607)
dir. Jürgen Jürgens, Archiv, 1974

[Note : Depuis le 27 décembre 2006, cette version légendaire est de nouveau disponible dans une collection économique de surcroît. Pour l’instant, il faut la commander en Allemagne ]

Acte II : la descente aux Enfers

Sinfonia – Scorda da te, mio Nume (Orfeo) – Ecco l’atra palude (Speranza) -Dove, ah, dove t’en vai (Orfeo) (7’03). Voici le début de la descente aux Enfers d’Orphée, guidé par l’Espérance – interprétée par un James Bowman hallucinant, en totale lévitation – qui l’abandonne arrivée aux portes des Enfers. Si l’ensemble reste de premier ordre, l’orchestre a toutefois un peu vieilli, avec un continuo austère, des cuivres rustiques, et des cordes trop nombreuses.

Sinfonia - Possente Spirito (9’38). Voici l’un des airs les plus virtuoses de l’histoire de l’opéra. Monteverdi lui-même avait prévu une version moins ornementée au cas où le chanteur ne serait pas de taille à affronter ses cadences redoutables… Après avoir écouté cet extrait légendaire, vous comprendrez enfin pourquoi Nigel Rogers restera à jamais le demi-dieu descendant aux Enfers. Prosternez-vous, humbles mortels, devant ce chant divin ! 

Madrigaux

Zefiro Torna (5’37). Toujours sous la direction de Jürgen Jürgens, Nigel Rogers (au timbre granuleux aisément reconnaissable) et Ian Partridge (voix plus moelleuse mais moins précise) s’engagent dans le VIIIème Livre des Madrigaux de Monteverdi. Inutile de vous expliquer pourquoi le disque s’intitulait « Madrigaux Virtuoses »… Unique !!!

Mentra vaga Angioletta (9’04. 11,1 Mo). Un autre extrait des « Madrigaux Virtuoses », nimbé d’une violence et d’une poésie inégalées grâce à nos deux compères.

Combattimento di Tancredi e Clorinda (20’36. 23,4 Mo). Cette fois-ci, c’est le jeune Reinhardt Goebel qui est aux commandes. Patricia Kwella et David Thomas sont aux côtés de Nigel Rogers, toujours aussi remarquable en preux chevalier inspiré de la Jerusalem Délivrée du Tasse.