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« Noël sous les Tropiques »

Muse5
31 décembre, 2009

Marcos PORTUGAL (1762-1830)

Matinas do Natal (Rio de Janeiro 1811)

 

Couverture-Marcos-PortugalEnsemble Turicum
Direction Luis Alves da Silva et Mathias Weibel

2 Cds, 47’56 + 44’57, Paraty, Intégral Distribution, 2009.

 

Nous voici heureux privilégiés à écouter en avant-première cet enregistrement dont la parution est prévue début novembre. Et si à la simple évocation de “Rio de Janeiro” l’on songe aux cocotiers, à la samba bien peu baroque, au Carnaval de Février et aux luxuriants couchers de soleil derrière le Christ monumental ouvrant ses bras à la baie – toujours aussi peu baroque – l’on n’imagine moins la Rio de 1811, capitale de l’Empire Portuguais. Car à cette date, la colonie avait à sa tête, réfugiée dans le Palais royal, la famille royale portugaise fraîchement débarquée de Lisbonne, fuyant les troupes napoléoniennes du Général Junot. L’exil de la reine Maria Ière et de son fils le régent Joao entraîna non seulement le changement de statut de la vice-royauté brésilienne, mais aussi l’émigration des élites culturelles de l’époque. Parmi les proches les plus chers du régent Dom Joao se trouvait alors le compositeur Marcos Portugal. Désormais méconnu, Marcos Portugal avait écumé les succès depuis son Italie natale et jusqu’aux latitudes nordiques de Petersbourg et composé pas moins de 22 opéras. Sa production ne connait maintenant que deux intégrales, rares ou indisponibles Lo Spazzacamino (chez Dynamic) et Le Donne Cambiate. Malheureusement pour nous autres, auditeurs passionnés, comme bien d’autres compositeurs brillants de la fin du XVIIIème siècle Marcos Portugal est rarement repris par les maisons d’opéra.

La sortie de ces Matinas do Natal constitue un réel événement. En effet, en dépit de leur caractère liturgique, ces mâtines sont assez proches du style lyrique que Portugal employait dans ses opéras comiques si en vogue dès la fin du XVIIIème siècle, et le langage de Natal, relativement archaïque, tire plus vers un post-classicisme que vers les audaces harmoniques d’un Beethoven.

Dès le premier répons, la couleur est annoncée. Le solo de clarinettes aux accents jubilatoires rappelle le style pré-rossinien d’un Cimarosa ou d’un Paisiello. La mélodie est généreuse, allante, fluide et naturelle, avec son lot de trilles, ses tournures finales bien reconnaissables. La structure même de ces Matinas, où chœurs et airs se succèdent dans une série de démonstrations virtuoses et raffinées de célébration, relève bien plus de la cour que de l’autel. Le religieux ne se trouve que dans le texte, enrobée dans une œuvre extravertie et spectaculaire qui tient plus d’un oratorio tardif que d’une liturgie de Noël. Il faut au passage avouer que le régent Dom Joao était amateur des pièces joyeuses et vives.

Face à cette musique exubérante et fleurie, la codirection de Luis Alves da Silva et de Mathias Weibel a choisi de renforcer les couleurs et la richesse de tonalités des mouvements, de leur conférer une lisibilité charmeuse. Les chœurs, d’une rafraîchissante spontanéité accusent néanmoins un léger manque de cohérence. Les solistes sont dans l’ensemble corrects, avec de beaux éclats dus notamment des soprani et des voix graves. On restera cependant plus réservé, comme cela est souvent le cas sur les timbres difficiles des contre-ténors. Quoi qu’il en soit, les chœurs rendent bien la festivité de la musique de Portugal. L’Ensemble Turicum alerte, raffiné et juste sait affirmer une personnalité et une sonorité originale, avec des cordes bien présentes, même si les contours pourraient être plus précis, et les pupitres plus transparents

S’il est vrai que l’habitude nous détermine à penser aux musiques de Noël tendres, recueillies et solennelles, il n’en va pas ainsi sous le Tropique de Capricorne, en été au mois de décembre, lors d’un matin de Noël aux accents métissés.

Pedro-Octavio Diaz

Technique : prise de son légèrement réverbérée, contours un peu imprécis.