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Noir et Sévère

Museor
27 juin, 2007

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Intégrale des Concertos pour Clavecin et orchestre

 

Gustav Leonhardt (clavecin), Leonhardt Consort (BWV 1053-1065)
Herbert Tachezi, Concentus Musicus Wien, dir. Nikolaus Harnoncourt (BWV 1052)

3 CDs, 76’42 + 72′ + 63’56, Teldec, coll. « Das Alte Werk », enr. 1968. 

 

On retrouvera dans ces concertos pour clavecin de Bach une majorité de transcriptions, soit de concertos disparus pour violon ou hautbois (BWV 1055-1056), soit des célèbres concertos pour violons (BWV 1054, BWV 1058, BWV 1062) ou des Brandebourgeois (BWV 1057), soit d’œuvres d’autres compositeurs tels Vivaldi et son Estro Armonico (BWV 1065). Le Leonhardt Consort a choisi une lecture sombre, d’une progression inexorable, d’une ardeur crépusculaire. Si les violons et les hautbois accusent parfois des défauts de justesse qu’on pardonnera aisément, les différents clavecins utilisés affichent quant à eux de très belles couleurs, tandis que le toucher millimétré de Gustav Leonhardt rend justice au contrepoint bacchien.

Par rapport aux autres excellentes versions telles celles du galant Koopman (Erato) ou du probe Bob van Asperen (Virgin), cette gravure ancienne surprend par sa brutalité contenue, sa tension latente, sa tonalité sombre.  Ecoutez ce BWV 1052 carré, appuyé, inexorable sans lourdeur dans son Allegro, la poésie cursive du Largo du BWV 1056 presque dit en passant, la sicilienne du BWV 1053 un peu gâchée par des cordes aigres… Les tempi sont équilibrés, sans la monotonie élégante de Pinnock (Archiv), mais on ne trouvera pas ici de contrastes extrêmes, presque aucun crescendo.  Il y a quelque chose de « commanding » comme disent les Anglais, d’impérieux, d’autoritaire, d’indiscutable dans ces interprétations. Certes, les passages les plus faibles résident dans les transcriptions des concertos pour violon, jouées bien trop sérieusement et avec des phrasés saccadés (BWV 1062 notamment). En revanche, le Concerto pour quatre clavecins – parodié de l’Estro Armonico - est splendide de couleurs, de richesse, de complexité du contrepoint : Leonhardt s’y montre ductile et inébranlable, délivrant une prestation proprement magistrale. On ne sait si l’on doit louer la précision du toucher, la conviction fière de la mélodie, le contrepoint très dense mais cependant lisible. Sous le clavier de Gustav et de son ensemble qui autopsient les pupitres et dénudent chaque note, ces œuvres n’ont plus rien de « gentillet ». Au risque se répéter, il y a une noirceur menaçante tout au long des concertos, à l’image des traits acérés de l’Allegro de la BWV 1960. On notera au passage que la BWV 1052 est interprétée par Harnoncourt et son Concentus Musicus Wien avec Herbert Tachezi, lui aussi irréprochable quoique plus souple.

Et sans paraître trop mélodramatique, il y a dans ces concertos, joués avec une apparente fluidité, quelque chose de puissant qui s’apparente à la force du destin.

Armance d’Esparre

Technique : Bon enregistrement remasterisé. Très beaux clavecins. Graves un peu trop mis en avant.