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Un baroque dépaysant … (Patricia Petibon, « Nouveau Monde » – Deutsche Grammophon)

Muse5
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
17 octobre, 2014

Nouveau Monde – Baroque arias and songs

Liste des morceaux
 
1.    El bajel que no recela (aria), José De Nebra (1702-1768)
2.    Yo soy la locura (Pasacalle : La Folie), Henry Le Bailly (décédé 1637)
3.    Cachua a voz bajo Al Nacimiento de Christo Nuestro Señor, from Codex Martínez Compañón, Trujillo, Peru, Tomo II, fol.177 (1783-85), Traditional
4.    En amor, pastorcillos (Seguidillas), José De Nebra
5.    Thy hand, Belinda … When I am laid in earth (Dido’s Lament), Henry Purcell (1659-1695)
6.    Danse du Grand Calumet de la Paix (Rondeau) – Forêts paisibles (Duet & Chorus), Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
7.    No se enmendará jamás (Aria), George Frideric Handel (1685-1759)
8.    Tonada La Lata a voz y bajo para bailar cantado, , from Codex Martínez Compañón, Trujillo, Peru, Tomo II, fol.181 (1783-85), Traditional
9.     Mon amy s’en est allé (Branle double), Anonymous
10.    Tonada El Congo a voz y bajo para bailar cantando, , from Codex Martínez Compañón, Trujillo, Peru, Tomo II, fol.178 (1783-85)
11.     Sans frayeur dans ce bois (Chaconne), Marc-Antoine Charpentier (1643-1704)
12.     Quel prix de mon amour ! Marc-Antoine Charpentier
13.     Noires filles du Styx, Marc-Antoine Charpentier
14.    Dieu du Cocyte et des royaumes sombres, Marc-Antoine Charpentier
15.     Greensleeves, Traditional
16.     J’ai vu le loup, Traditional
17.    La nuit couvre les cieux ! – Vaste empire de mers –
Ciel ! De plus d’une mort nous redoutons les coups ! –
Que ces cris agitent mes sens ! –
Que nous sert d’échapper à la fureur des mers?, Jean Philippe Rameau
18.     Fairest Isle, King Arthur, Henry Purcell

nouveau monde petibon arias songsPatricia Petibon, soprane
Kevin Greenlaw, baryton ( Les Indes galantes)
La Cetra Vokalensemble, chœur
La cetra Barockorchester Basel, orchestre
Andrea Marcon, direction
1 CD, 67’53, Deutsche Grammophon, 2012.

Après le concert donné en mai dernier à l’Opéra National de Lorraine (Nancy) par l’orchestre baroque de Mexico La Partenope, ce disque se révèle à son écoute tout autant dépaysant, exotique.

Patricia Petibon nous invite à un voyage riche en couleurs mêlant les chants traditionnels aux airs de compositeurs connus tels Rameau, Haendel, Purcell, et de moins connus tels De Nebra ou Le Bailly. Le voyage commence sur une mer agitée avec l’air « El bajel que no recela » tiré de la zarzuela « Vendado es amor, no es ciego – L’amour a les yeux bandés, mais il n’est pas aveugle »  de José De Nebra. Patricia Petibon, incarnant Eumène,  lance ses vocalises sans retenue grâce à l’agilité et la souplesse de sa voix de soprane. Les notes virevoltent, subissent les déferlantes. Nous en aurions presque le mal de mer. Elle construit sa voix sur une esthétique d’homogénéité du timbre, pas de sensation de brisure, de passage du grave à l’aigu.

Les cieux agités se calment avec la passacaille « La Folie » de Henry Le Bailly. Au loin les terres « exotiques » pointent à l’horizon. Un port se dessine. L’escale se fait le temps de la Noël, la flûte, la harpe d’Amérique du Sud et les percussions nous invitent à danser pour fêter la naissance du Seigneur « Cachua a voz bajo Al Nacimiento de Christo Nuestro Señor », tiré du codex Martínez Compañón rédigé par l’évêque Trujillo.

Le voyage se poursuit rapidement avec le second extrait de la zarzuela « Vendado es amor, no es ciego » de De Nebra.
Comment évoquer le Nouveau Monde sans « visiter » les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau, dont nous fêtons le 250e anniversaire de la mort. Le rythme entraînant du rondeau de la « Danse du Calumet de la Paix » continue ce voyage musical baroque. Le duo, agrémenté de La Cetra Vokalensemble dans « Forêts paisibles », dresse un tableau homogène des solistes et du chœur.

Soudain le voyage si joyeux se pare de tristesse, de douleur avec les lamentations de Didon d’Henry Purcell. Le tourment amoureux sera relayé par trois extraits l’acte III tirés de Médée de Marc-Antoine Charpentier. La soprane va au bout de l’expressivité en donnant une valeur à « Quel prix de mon amour ! ».  Nous avons quitté la mer pour voguer sur les eaux « ténébreuses » du Styx, voyage sans retour…

En capitaine de ce long et beau voyage, Andrea Marcon a su diriger sur toutes les mers, fleuves, en gardant la barre bien main menant à bon port la soprane, La Cetra Vokalensemble et  La Cetra Barockorchester Basel.
Il est temps pour vous, chers auditeurs, de continuer ce voyage en écoutant ce disque.

 

Jean-Stéphane SOURD-DURAND