Close

« O mon âme… » (Certon, Requiem – Vox Cantoris, Candeau – Psalmus)

Muse5
22 août, 2014

Pierre CERTON (1510-1572)

Requiem à la Sainte-Chapelle

Déploration sur la mort de Claudin de Sermisy (1570)certonDe Profundis en faux-bourdon (Jean DU MOULIN, ?- ?)
Leçon du Livre de Job (Job 17, 1-15)
Répons Peccantem me (Jean MOUTON, 1459-1522)

Missa pro defunctis (1558) : Introït, Kyrie, Graduel Si ambulem, Offertoire Domine Jesu Christe, Sanctus, Agnus Dei, Communio Lux Aeterna, In Paradisum

Andreas Rojas-Urrego, Yann Rolland (superius), Jean-Christophe Candeau, Damien Rivière (contratenor), Hervé Lamy, Luc Terrieux (tenor), Malcolm Bothwell, Stephan Imboden (bassus)
Vox Cantoris dir. Jean-Christophe Candeau

59’23, enr. 2012 – Psalmus, PSAL 020.

« O mon âme, tourne-toi vers le lieu de ton repos, parce que le Seigneur t’a comblée de biens » (Psaume 119, 7).

Pour la seconde fois, les chantres de Jean-Christophe Candeau s’intéressent au compositeur Pierre Certon1 qui fut maître de chœur puis chapelain perpétuel à la Sainte Chapelle, sous le règne de Louis XII. Probablement élève de Clément Janequin, on lui doit de nombreuses et fameuses chansons polyphoniques, publiées à partir de 1533, ainsi qu’une vaste production d’œuvres sacrées. L’Ensemble Vox Cantoris restitue ici un office funéraire centré sur la Messe pour les défunts de Certon, introduite par un hommage qu’il rend à son ami Claudin de Sermisy, comme il était usage de le faire au XVIème siècle envers ses prédécesseurs.

Nourrie de la beauté mélodique du plain-chant médiéval, la polyphonie de la Renaissance possède indéniablement une puissance intrinsèque, fortement dépendante de la régularité de la battue. Lorsque le tactus s’écoule de manière imperturbable, l’expressivité musicale s’impose avec une sorte d’évidence. L’architecture de l’œuvre se déploie alors magnifiquement, dans une grande clarté, et l’on est saisi intérieurement à mesure que les voix extrêmes s’éloignent, que l’ambitus s’élargit par vagues régulières, chacune d’elles participant individuellement et dans le tout à l’avènement du climax émotionnel (Déploration).

L’on sait que les qualités requises pour le chantre n’étaient pas celles attendues du chanteur de chambre. Ainsi les chanteurs de l’Ensemble Vox Cantoris ont-ils su trouver un juste équilibre afin que leurs voix ne forment qu’une seule entité. La suavité des dessus s’allie à la profondeur des basses pour dessiner avec douceur les inflexions du contrepoint, tout en portant le texte avec fermeté. Dissocier les voix devient dès lors une entreprise vaine et dénuée de sens, car c’est bien l’œuvre et l’émotion qui transparaissent et deviennent premières.

Les lignes de l’Introït portent une douce indolence, empreinte de grâce et d’une sorte de candeur. Le superius semble planer au-dessus d’un contrepoint simple mais à la rythmique plus active. L’écriture de Certon évoque ainsi la confiance absolue du croyant en la miséricorde de Dieu, assise par une fervente prière. 

Le choix de la sobriété ornementale fait par les chantres de Vox Cantoris se trouve pleinement justifié par la beauté des lignes, et la finesse du modelé de formes rondes et palpitantes, au développement délicat et très organique. Les théoriciens2 de l’ancien temps l’avaient bien compris, la musique agit sur l’âme et l’esprit. Si le repos éternel imploré pour les âmes défuntes peut sembler loin de nos préoccupations quotidiennes, ne nous privons pas de savourer la paix simple mais profonde qu’apporte ce Requiem, comme l’on reçoit la caresse d’un rayon de soleil.

Isaure d’Audeville

 

1 : http://www.psalmus.fr/fiche.cfm?id=16
http://www.vox-cantoris.com/Programme%20requiem%20Certon.pdf

2 : Johannes Tinctoris (c.1435-1511), compositeur et théoricien, indique que la musique : « embellit les prières, prépare les fidèles à la bénédiction divine, chasse la tristesse et le mal, guérit les malades, attire l’amour ».