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Le oboe da caccia

13 mars, 2010

Le oboe da caccia [hautbois de chasse]

 

Marc Ecochard, Oboe da caccia d’après Johann Heinrich Eichentopf

Marc Ecochard, Oboe da caccia d’après Johann Heinrich Eichentopf

Cet instrument étrange apparaît dans l’instrumentation de la Passion selon Saint-Jean de Bach BWV 244 pour la première fois. Il figure également dans diverses cantates datant de la période de Leipzig, à partir de 1723.

L’instrument, qui intrigua tant Harnoncourt à ses débuts (cf. La reconstruction du oboe da caccia, article reproduit dans les notices de l’Oratorio de Noel, Teldec, enr. 1975), produit un son assez profond, plus grave d’une quinte par rapport à un haubois ténor classique. contrairement à ce que son nom peut laisser penser, le hautbois de chasse est un instrument au timbre doux, moelleux, grainé et mélancolique. Il n’a donc rien à voir avec les cors de chasses et autres cuivres triomphants et guerriers.

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L’instrument en lui-même est un hautbois courbé, gainé de cuir et de section octogonale. Le cormier se termine par un pavillon métallique en maillechort et laiton martelés. Il subsiste entre autres deux exemplaires conservés au Musikhistoriska Museet de Stockholm, marqués J.H. Eichentopf, Leipzig 1724 . (Notons que le premier exemplaire de hautbois d’amour connu y est également présenté et vient également du même Eichentopf, daté de 1719) . Le hautbois de chasse tient sans doute son nom de son apparence qui ressemble à un gros cor, impression renforcée par le pavillon doré…

Cependant, une des très rares mentions du hautbois de chasse comme lié à la chasse proprement dite apparaît dans le Zedlerschen Lexicon de 1732: “Jagd – Hautbois” werden bey einem Haupt-Jagen nicht nur gebrauchet zu Abwechselung des Wald Geschreyes sich hören zu lassen; sondern müssen auch alle Morgen und Abende sämtlich mit ihrer angenehmen Music gehörigen Orts dem Ober-Jäger Meister aufwerten” (le hautbois de chasse ne doit pas seulement être entendu pendant le cours de la chasse en forêt mais aussi tous les matins et soirs afin d’honorer le Maître de Chasse par sa musique agréable.)

Le oboe da caccia semble bien avoir été inventé par le célèbre facteur d’instrument à vent de Leipzig Johann Heinrich Eichentopf (1686-1769). On conserve de lui quelques hautbois d’amour, des hautbois et des bassons. Soldat « démobilisé », ce dernier s’installe à Leipzig en 1707, se marie en 1710 à la Thomaskirche où le futur Bach dirigera ses cantates religieuses, et voit sa réputation d’  “Instrumentalischer Pfeifenmacher” grandir de jour en jour. 

Le fait que la première mention du hautbois de chasse chez Bach se fasse au moment même où Eichentopf fabrique ce nouvel instrument dans la même ville ne saurait en effet être une coïncidence…

Enfin, à titre indicatif, voici la liste de quelques mouvements de cantates de Bach avec hautbois d’amour obligé, d’après le Site Bach de l’Université d’Alberta, les numéros renvoient à la référence BWV, le chiffre au mouvement précis de la cantate en question  : 

BWV 110-7

Alleluja! Gelobt sei Gott,

BWV 128-5

Alsdenn so wirst du mich

BWV 128-1

Auf Christi Himmelfahrt allein

BWV 176-6

Auf dass wir also allzugleich

BWV 6-6

Beweis dein Macht, Herr Jesu Christ,

BWV 87-1

Bisher habt ihr nichts gebeten in meinem Namen.

BWV 6-1

Bleib bei uns, denn es will Abend werden,

BWV 13-3

Der Gott, der mir hat versprochen

BWV 1-3

Erfüllet, ihr himmlischen göttlichen Flammen,

BWV 176-5

Ermuntert euch, furchtsam und schüchterne Sinne,

BWV 176-1

Es ist ein trotzig und verzagt Ding um aller Menschen Herze.

BWV 74-6

Es ist nichts Verdammliches an denen, die in Christo Jesu sind.

BWV 101-6

Gedenk an Jesu bittern Tod!

BWV 16-5

Geliebter Jesu, du allein

BWV 167-3

Gottes Wort, das trüget nicht,

BWV 6-2

Hochgelobter Gottessohn,

BWV 183-4

Höchster Tröster, Heilger Geist,

BWV 74-8

Kein Menschenkind hier auf der Erd

BWV 74-2

Komm, komm, mein Herze steht dir offen,

BWV 180-5

Lebens Sonne, Licht der Sinnen,

BWV 69a-3

Meine Seele,

BWV 13-1

Meine Seufzer, meine Tränen

BWV 74-7

Nichts kann mich erretten

BWV 180-1

Schmücke dich, o liebe Seele,

BWV 177-3

Verleih, dass ich aus Herzensgrund

BWV 110-6

Wacht auf, ihr Adern und ihr Glieder,

BWV 80-7

Wie selig sind doch die, die Gott im Munde tragen,

BWV 27-3

Willkommen! will ich sagen,

BWV 245-35

Zerfließe, mein Herze, in Fluten der Zähren

 

                                                                                                        V.L.N.

Pour aller plus loin :

THE OBOE AND THE OBOE D’AMORE IN BACH’S CHURCH CANTATAS: AN EXAMINATION OF BACH’S OBOISTS AS WELL AS RANGE AND NOTATIONAL PROBLEMS par J. William Denton in The Journal of The International Double Reed Society, Number 6, 1978