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« On désire savoir ce qu’est devenu Monsieur du Phly, ancien maître de clavecin à Paris, où il était en 1767. »

Muse5
31 décembre, 2009

Jacques DUPHLY (1715-1789)

Pièces de Clavecin

Elisabeth Joyé (clavecin historique du Château d’Assas, anonyme, milieu du XVIIIème siècle)

75’, Alpha, 2009.

« On désire savoir ce qu’est devenu Monsieur du Phly, ancien maître de clavecin à Paris, où il était en 1767. S’il n’existe plus, on désirerait connaître les héritiers auxquels on a quelque chose à communiquer. » (Journal Général de la France, 1788)

Il y a d’abord un lieu magique, le Château d’Assas et son instrument hanté par le regretté Scott Ross… Il y a ensuite un compositeur, souvent un peu méprisé car classé dans la catégorie des « petits maîtres » post-couperiniens, relégué avec les Balbastre, Boismortier et autres Pancrace Royer à la figuration décadente clavecinistique d’un Siècle des Lumières galant et aristocratique. Les pièces assemblées ici proviennent des quatre Livres pour clavecin que le compositeur publia en 1744, 1748, 1756 et 1768 respectivement, ultime chant du cygne de l’art du clavecin à la française. On y retrouve ces sortes de croquis si prisés alors dédiés aux contemporains ou amis artistes (« La Forqueray » dédiée à Jean-Baptiste ou encore « la Vanlo »), et des danses stylisées dans une écriture qui rend à la fois hommage à Couperin et Rameau, avec un goût prononcé pour le théâtre et la vivacité d’arpègements italianisants, de « roulements » ou de « batteries ».

Elisabeth Joyé se glisse avec subtilité et élégance dans le répertoire de Duphly, faisant résonner de manière chaleureuse et colorée l’instrument anonyme et patiné du Château d’Assas. La prise de son, à la fois précise et aérée, n’est pas pour peu dans la réussite de ce récital auquel on ne reprochera qu’un certain manque de fantaisie ou de malice. Parmi la sélection, on distingue en particulier la « Forqueray » noble et alanguie un brin ramiste, le superbe « Rondeaux » (sic) tout empreint de la nostalgie balancée de Couperin le Grand, la discrète « Allemande en duo » issus du Premier Livre qui montrent l’affinité de la claveciniste pour les pièces poétiques et amples. On ne saurait également passer sous silence la sublime Chaconne du 3ème livre, d’abord sage et fière, presque retenue, avant l’ivresse sensuelle des roulades mitraillades finales.

Pourtant, le toucher délicat d’Elisabeth Joyé laisse parfois l’auditeur sur sa faim, notamment dans les passages les plus extravertis. C’est le cas d’une « Médée » à jouer « vivement & fort » d’une originalité dynamique proche de Scarlatti qui manque singulièrement de contrastes et de fureur, d’une « Boucon » trop rapide et peu dansante (pour une courante), d’une « Milletina » cursive voire décorative en dépit de ses motifs répétés peu mis en valeur. Et soudain, vers la fin du récital, alors qu’on demeure perplexe devant les inégalités de jeu et/ou d’écriture du disque, voici venir « Les Grâces » aiguës, sensibles, d’une lenteur triste qui renoue avec le jeu luthé couperinien et qui portent si bien leur nom. On s’abandonne à cette mélancolie souriante et tendre, de celle d’un rayon de soleil de fin d’après-midi caressant le velours cramoisi fané d’une bergère Régence en se remémorant l’étonnante fin de vie de ce compositeur, qui disparaît peu à peu de la scène parisienne après son 4ème Livre en 1768, cesse d’enseigner le clavecin vers 1783 et s’éteint le lendemain de la prise de la Bastille après avoir passé ses dernières années dans un petit appartement situé dans l’Hôtel de Juigné, quai Malaquais à Paris, sans même qu’un clavecin soit noté dans son inventaire après décès…

Katarina Privlova

Technique : prise de son riche et colorée