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Vous en avez Pamart ? (Te Deum et motets, Harmonia Sacra – Muse du Mois)

Musemois
19 juillet, 2014

Jacques Guislain Pamart (1637-1704)

Te Deum & Motets

pamart_te-deum

Te Deum
Magnificat
Nisi Dominum
Quis dabit capiti
O Amantissime Jesu
Tantum ergo

Solistes : Cassandra Harvey, Anne-Hélène Moens, Cecil Gallois, Laurent Galabru, Jean-Michel Durang

Harmonia Sacra
Yannick Lemaire, direction
Pascal Lefrançois, orgue historique d’Auxi-le-Château (62), Adrien Carpentier 1745 – Boisseau Cattiaux 1993.

60’07, Harmonia Sacra, 2013, collection « Trésor musical du Hainaut ».

Muse du Mois (Juillet 2014). Les mélomanes connaissent surtout Yannick Lemaire en tant que fondateur du Festival Emba(o)quement immédiat, qui depuis 2007 fait connaître la riche vie musicale du Hainaut de la Renaissance au Baroque. C’est dans ce cadre que s’est inscrite la redécouverte du répertoire de la Chapelle Saint-Pierre de Valenciennes – cité annexée à la France depuis 1677 – dont Pamart occupa le poste de Maître de musique durant plusieurs années. Vers 1690, elle comptait une vingtaine de chanteurs et de musiciens, et les grands évènements (entrée de Louis XIV, fêtes religieuses, fêtes de confrérie et de corporations) comme l’office chanté chaque jour en fin d’après-midi (avec le « salut en musique ») donnaient lieu à l’exécution de psaumes ou motets.

On excusera cette introduction un peu longuette, mais qui permet utilement de rappeler le contexte dans lequel s’inscrivent ces motets, issus d’un recueil publié à Anvers en 1692. La formation du compositeur n’est pas connue, mais sa famille fit partie des notables de la ville, et l’on ne peut qu’inviter le lecteur curieux à se référer à la courte notice biographique de Yannick Lemaire qui a entrepris un remarquable travail de recherche musicologique pour explorer ce patrimoine au cours de cet enregistrement enthousiaste et poétique, dont le programme fut donné lors de l’édition 2013 du festival.

Recueil des oeuvres de Pamart, publié à Anvers en 1692 © Harmonia Sacra

Recueil des oeuvres de Pamart, publié à Anvers en 1692 © Harmonia Sacra

Le disque s’ouvre avec un Te Deum à double choeur jubilatoire et spontané, avec de brèves sections, où l’on regrette un certain manque de précision et de nervosité dans les attaques des parties chorales (peut-être dû à la réverbération), alors que le noyau de cordes (5 instrumentistes), coloré et évocateur, se détache nettement. Les cinq solistes Cassandra Harvey, Anne-Hélène Moens, Cecil Gallois, Laurent Galabru et Jean-Michel Durangont été assemblés avec à-propos, puisqu’ils font tous preuve d’une maîtrise du style français, des ornements et des articulations tout à fait remarquable. En outre, les timbres fusionnent particulièrement bien dans les petits choeurs (« Fiat misecordia tua »). Le Magnificat, à l’écriture assez proche, avec quelques beaux traits italisanisants, souffre toujours de la captation un brin nébuleuse du grand choeur.

Mais c’est dans les petits motets qu’on avouera admirer le plus l’art de Pamart, avec notamment la noble épure du Quis dabit capiti où l’on louera le dessus d’Anne-Hélène Moens, sensible et nuancé, très attentif à la prosodie, tandis que l’accompagnement de cordes et d’orgue parvient à instaurer un climat enveloppant et lumineux, d’une ferveur lumineuse. Le O Amantissime Jesu pour deux desssus, qui n’est pas sans rappeler par certains traits les petits motets de Couperin, se distingue par un ligne mélodique très ornée, avec un dialogue entre les deux artiste d’une complicité fine. Enfin, le Tantum ergo, avec sa polychoralité opulente, carré et digne, soutenu toujours par les belles cordes de l’ensemble, clôt les motets avec grâce.

On aurait souhaiter poursuivre l’exploration des motets de Pamart, mais le chef a préféré proposé une libre méditation en style alterné sur le De Profundis, avec des versets pour orgue de Lambert Chaumont, interprétés avec fluidité et ductilité par Pascal Lefrançois. On avouera que le Plein jeu du Tantum ergo et la Fantaisie du cornet de Thomas Babou à l’orgue qui respectivement ouvraient le salut ou introduisaient le Tantum ergo nous semblaient suffisants, musicalement parlant, pour l’évocation de l’office, mais on relèvera des registrations inventives et un Récit très droit et d’un lyrisme touchant.

Une belle découverte.

Viet-Linh Nguyen