Close

Un style fantastique

Museor
31 décembre, 2011

Giovanni Antonio PANDOLFI MEALLI (1629 – post 1679)

Sonate a violino solo, opera quarta (1660)
 

Gunar Letzbor, violon Sébastien Klotz XVIIIème, et direction

Ars Antiqua Austria :
Jan Krigovsky (violone), Doniel Oman (colachon), Pierre Pitzl (chitarra), Hubert Hoffmann (archiluth), Norbert Zeilberger (clavecin et orgue)

53’33, Arcana / Outhere, 2011.

Que savons-nous de Pandolfi Mealli ? Rien, presque rien. Des poussières de notices biographiques virevoltent ça et là rappelant que le compositeur fut engagé comme violoniste à la cour des Habsbourg à Innsbruck dans les années 1660. Jusqu’à ce que récemment les travaux de Fabrizio Longo jettent quelques lumières sur un passé vénitien, et un meurtre en 1675 suite à un violent différent entre le violoniste et un castrat romain que Pandolfi transperça prestement de son épée, conduisant le musicien à chercher refuge du côté de la Chapelle Royale de Madrid. L’opus IV des Sonates pour violon de Pandolfi – dont plusieurs pièces ont déjà fait l’objet d’un superbe enregistrement d’Andrew Manze (Channel Classics, 1992) – comprend des sonates d’église témoignant encore d’une grande liberté formelle comparable aux œuvres plus anciennes de Fontana, Kapsberger ou Corradini composées en stylus phantasticus « la plus libre des méthodes de composition, libre de toute contrainte de texte ou d’harmonie prédéterminée, pour montrer son génie (ingenium) » (Athanase Kircher, Musurgia Universalis, Rome, 1650).

Autant dire que les reflets chatoyants et l’originalité apparemment instable d’une telle écriture ne pouvait que convenir à l’archet éloquent de Gunar Letzbor, dont les affinités avec le répertoire des sonates pour violon du XVIIème siècle n’est plus à démontrer. Ampleur généreuse des articulations, surprise permanente des tempi tour à tour bringuebalés de ritardandos en accelerandos, en passant par toute la gamme des possibles, jetant au passage des ornements plumes au vent, le violoniste avec son Sébastien Klotz grainé, vibrant dans les graves, déchirant dans les aigus, s’escrime avec fureur et ivresse dans l’Allegro presque sec de La Sonate Seconda La Viviana pris d’une rage frénétique, avant de se laisser aller quelques mesures plus loin à une suavité élégiaque. Insaisissable Letzbor, capable du murmure de l’onde (Adagio suppliant et abandonné de La Sonata Terza La Monella), de l’élégance noble et curiale du Largo de la Sonata Quinta La Stella, qui n’est pas sans rappeler quelques tournures montéverdiennes, de la vigueur saillante et empesée, dansante et carrée de l’Adagio final ! Pour Letzbor, le discours et les affects priment incontestablement sur l’hédonisme sonore, sans que paradoxalement convulsions et saccades ne renient toute musicalité.

Et Ars Antiqua Austria dans tout cela ? Les complices de toujours sont là, avec leur excellence habituelle : on louera l’énergie et la présence des nombreuses cordes pincées : colachon (une sorte de luth à long manche), chitarra (guitare baroque) et archiluth, de même que la ductilité évocatrice de Norbert Zeilberger, notamment au positif. Cependant, par rapport à d’autres enregistrements de l’ensemble, la captation semble privilégier un peu trop nettement le soliste, ce qui s’avère dommage mais ne suffit pas à gâter un enregistrement de premier ordre, et dont on attend éventuellement le compagnon : les sonates de l’opus 3. 

Sébastien Holzbauer

Technique : prise de son claire et précise, violon très lisible, continuo en retrait.