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Ombres et lumières (La Partenope, Opéra national de Lorraine, 19/05/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
27 mai, 2014

La Partenope

Orchestre baroque de Mexico, dir. Olivier BRIAND

 

© Opéra national de Lorraine 

© Opéra national de Lorraine


« Ombre et Lumière »
Des cathédrales coloniales mexicaines aux Indes Galantes de Rameau

Programme

Première partie :
« A l’ombre des cathédrales mexicaines »

Pietro Locatelli (1695-1764) – Introduzione teatrale n°4, Allegro – Adante
Julina de Zuñiga (Durango, 1765) – Coplas para la fiesta de los dolores
“De Dolor Traspasada”

Pietro Locatelli – Introduzione teatrale n°2, Allegro
Ignacio Jerusalem (1707-1769) – Récit et Aria “Cherubes y pastores”

Pietro Locatelli – Introduzione teatrale n°2, Andante
Josephe Antonio Lopez de Castro y Congora (Zacatecas, 1795) –
Villancico “De dolor y pena”

Pietro Locatelli – Introduzione teatrale n°5, Allegro
Ignacio Jerusalem – 1er répons “Omnes moriemini”

Evaristo Felice Dall’Abaco – Concerto grosso opus 5 n°3
(pour deux traversos solos) – Allegro, Largo, Passiepieds

Deuxième partie :
« Le Soleil », Jean-Philippe Rameau (1683 – 1764)

Les Incas du Pérou (extraits de l’opéra Les Indes galantes)
1ère et 2ème gavottes en rondeau, air “Brillant Soleil”,
Loure, air “Permettez astre du jour”, prélude pour l’adoration du soleil,
air  “Soleil on a détruit tes superbes asiles”

Extraits de l’opéra Pygmalion
Tambourin & Ariette “Règne amour, fais briller tes flammes”

Les Sauvages (Les Indes galantes)
Chaconne, tambourins – air “La terre, les cieux et les mers”,
duo “L’habitant des bords de la Seine”, danse du Grand Calumet de la paix 
et duo “Forêts paisibles” 

Distribution :
Violons 1 : Olivier Briand, violon solo et direction, David Hernandez, Eduardo Espinoza, Ana Karen guillen, Margie Espinales
Violons 2 : Roberto Rivadeynera, Galel Sanchez, Dario Moreno, Tonalli Mundo, Lucas Berton
Altos : Eduardo Cabrera, Gilberto Bautista
Ténor de viole : Andreas Linos
Violoncelles : Annabelle luis, Eric Franco
Viole de gambe : Gabriela Villa Wals
Contrebasse : Alejandra Torres
Traversos : Vincent Touzet, Lilian Guerra
Flûtes à bec : Maria Diez-Canedo, Emiliano Pérez
Clavecins : Norma Garcia, Mélanie Flores
Percussions : Josafath Larios

19 mai 2014, Opéra national de Lorraine (NANCY), 20h30

L’Association de Musique Ancienne de Nancy (AMAN) permet d’assister à un concert d’un ensemble particulier – l’Orchestre baroque de Mexico La Partenope –, organisé à l’initiative des rencontres musicales de Saint Ulrich avec le soutien du FONCA et de l’Institut culturel mexicain. Cet ensemble a été crée il y a 5 ans par quatre musiciens soucieux de promouvoir la musique baroque au Mexique à savoir Olivier Briand, Andreas Linos, Norma Gonzales et Vincent Touzet. Il se développa au sein du département de musique ancienne du Conservatorio Nacional de Musica de la prestigieuse Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM).

Pour sa première venue en France, La Partenope est composée de 21 instrumentistes et de 2 chanteurs (ténor et basse). Quatre dates étaient inscrites à cette tournée à l’Oratoire du Louvre (Paris) le 13 mai, à l’Eglise Saint Pierre aux Nonnains (Metz) le 17 mai, à la salle des fêtes de Sarrebourg le 18 mai et enfin à l’Opéra national de Lorraine (Nancy) le 19 mai.

Relevons la première particularité, ordinaire en Europe, mais exceptionnelle au Mexique. Les musiciens de l’ensemble jouent pour la première fois sur des instruments copies d’originaux anciens dotés de cordes en boyaux naturels et archets baroques. Le ténor de viole Andreas Linos et les violoncellistes utilisent leurs instruments sans pique, position dite baroque. Seconde particularité, le chef Olivier Briand dirige l’orchestre depuis la place de premier violon comme il était d’usage de la faire à l’époque baroque.

La Partenope présente, ce soir à l’Opéra national de Lorraine, un programme original aux teintes « d’ombre et de lumière ». La première partie consacre les chefs-d’œuvre composés au Mexique par Julina de Zuñiga, Ignacio Jerusalem avec une large influence italienne et espagnole, l’Europe étant le berceau de la musique baroque.

L’introduction théâtrale n°4 dans ses mouvements allegro et andante de Pietro Locatelli donne les teintes de cette représentation, tantôt lumineuses, tantôt sombres. Les attaques des cordes sont franches, aucune hésitation des instrumentistes pour la plupart jeunes ne se fait entendre. Cette qualité d’attaque sera maintenue tout au long de ce concert. Un dialogue passionné s’établit entre le ténor Rogelio Martin et le violoncelle tenu par Annabelle Luis dans “Omnes moriemini” d’Ignacio Jerusalem. L’air  “De dolor y pena” de Josephe Antonio Lopez de Castro y Congora accueille la voix chaude de Marduk Serrano (basse) dans un échange d’une belle sensibilité avec le ténor. L’émotion est palpable. Le concerto grosso opus 5 n°3 de Evaristo Felice Dall’Abaco termine cette première partie par les trois mouvements allegro, largo et passepieds mis en valeur par les deux traversos – flûte traversière baroque – Vincent Touzet  et Lilian Guerra.

Quant à la seconde partie, elle est dédiée à Jean-Philippe Rameau dont on célèbre cette année le 250ème anniversaire de sa disparition. Le choix s’est donc porté sur des extraits des opéras Les Indes galantes  et  Pygmalion. Cette partie se veut riche et colorée, tel le soleil resplendit à son zénith. Le soleil est vénéré dans la 1ère et 2ème gavotte en rondeau, Les Indes galantes par les airs “Brillant soleil”, “Permettez astre du jour” et “Soleil on a détruit tes superbes asiles” interprétés en français. Marduk Serrano dispose d’une bonne projection, appréciation plus réservée pour Rogeliuo Marin sans être un frein pour ses fortissimos parfaitement exécutés. Un bouquet de vocalises se fait entendre dans le fameux air “Règne amour, fais briller tes flammes” tiré de  Pygmalion. Le concert se termine par un duo entre le ténor et la basse “Forêts paisibles” des Indes galantes. Beau final !

Même si peu de monde s’est hélas déplacé pour encourager le jeune ensemble La Partenope, les artistes ont été remerciés comme il se doit par des applaudissements salués par 2 bis. Merci à cette « poignée » de Lorrains, merci à La Partenope, et merci à l’AMAN.

Jean-Stéphane Sourd Durand

Opéra national de Lorraine