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“Je suis grand partisan de musique française, je l’avoue” Telemann, 1717

Muse4
31 décembre, 2007

Georg Philipp TELEMANN (1681-1767)

« Les Trésors cachés »

Ouverture en ré Majeur
Concerto en do Majeur « alla francese »
Concerto en sol Majeur pour flûte, cordes et basse continue (partie de basse reconstituée)
Ouverture en mi mineur « l’Omphale »
Ouverture en mi bémol Majeur pour deux cors, cordes et basse continue  

Orchestre Arion, dir. Jaap Ter Linden

71’56, Early Music, enr. 2007

Nous le savons bien à présent, Georg Philip Telemann fut un des compositeurs les plus appréciés de son temps et surtout, celui dont la plume fut particulièrement généreuse et inspirée ; on ne lui doit pas moins de 3600 œuvres répertoriées dont une centaine d’Ouvertures-suites  fortement influencées par les compositions d’un certain Jean-Baptiste Lully dont Telemann demeura un grand admirateur et imitateur.

L’imitation est si justement faite que lorsque débute l’Ouverture en ré majeur, l’on craint de n’avoir lancé l’enregistrement de la dernière tragédie du Florentin. Tous les éléments traditionnels d’une Ouverture « à la française » se trouvent en effet réunis, de la pompeuse et virtuose introduction - au cours de laquelle un fugato planant nous offre d’apprécier le timbre clair et agile du basson de Mathieu Lussier également à l’affiche chez Vivaldi avec le même ensemble (Early Music) – à la majestueuse  Chaconne, en passant par des éléments empruntés au Concerto italien. Ainsi, « les Furies » nous entrainent dans une déferlante de contrastes saisissants, aussi bien au niveau rythmique qu’en ce qui concerne les nuances d’articulation ; cet air offre à l’ensemble Arion l’occasion d’effectuer de périlleuses acrobaties tout en préservant une masse sonore dense et très dynamique où chaque voix remplit pleinement son rôle.

Le Concerto en mi mineur  pour traverso s’ouvre sur un Andante tendre et velouté, mais qui révèle bientôt des aptitudes quasi-hypnotiques ; les pizzicati un peu gourds de l’orchestre instaurent un sentiment de monotonie que renforce le discours d’un clavecin peu prolixe, alourdissant le jeu feutré de Claire Guimond. La flûtiste rend compte dans les autres mouvements du Concerto – notamment dans l’Allegro final – d’une grande agilité technique et d’une haute ingéniosité d’ornementation. Une prise de son inégale persistera malgré tout, aux contours brouillés, créant une certaine distance entre soliste et orchestre.

Les cors de Juliette-Anne Drolet et Louis-Philippe Marsolais attachent à l’Ouverture en mi bémol Majeur un caractère altier et puissant qui fait rayonner cette dernière œuvre de l’enregistrement. Les deux instruments solistes témoignent d’une grande clarté de jeu et surmontent aisément les virtuosités que requièrent « Les Querelleurs » ; loin d’appesantir la dynamique de l’orchestre, ils lui apportent un nouvel élan plein de fougue et renforcent les contrastes.

Au final, la Nouvelle France tourne avec élégance et vivacité son regard sur le Vieux Monde, et quoiqu’on eut pu espérer plus de passion et de fougue dans cette lecture dynamique mais sans folie, l’ensemble Arion nous aura permis de nous émerveiller une nouvelle fois devant la prodigieuse créativité de Telemann. Et l’on se prendrait presque à regretter de ne pas tendre l’oreille plus souvent vers nos homologues d’Outre-Atlantique.

Isaure d’Audeville

Technique : bonne prise de son, malgré quelques irrégularités dans le Concerto pour flûte.