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Rameau & Mondonville (Les Passions – Festival baroque de Pontoise, 19/10/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
4 novembre, 2014

Grands motets versaillais Rameau/Mondonville

Les Passions

Festival baroque de Pontoise, 17 octobre 2014

 

© A. M. Les Passions

© A. M. Les Passions

Stéphanie Révidat, Muriel Chauvin, dessus
Alain Chilemme, taille
François-Nicolas Geslot, haute-contre
Alain Buet, basse-taille

Chœur du Capitole de Toulouse
Les Passions

Jean-Marc Andrieu, direction

Coproduction Théâtre du Capitole, Les Passions – Orchestre baroque de Montauban.

Pontoise, cathédrale Saint-Maclou, le 19 octobre 2014, dans le cadre du Festival de musique baroque de Pontoise.

Au fil des années, le festival baroque de Pontoise a affirmé son identité singulière de passeur exceptionnel de la musique baroque contribuant à la redécouverte du précieux patrimoine musical souvent enfoui à l’ombre des bibliothèques ou proposant par le choix d’artistes inventifs la relecture d’œuvres plus familières. Patrick Lhotellier, directeur artistique et maître d’œuvre avisé veille avec vigilance sur le destin du Festival baroque de Pontoise. Ainsi, ce dimanche 19 octobre, en clôture de la 29ème édition, l’ensemble Les Passions, au meilleur de leur forme, sous la direction de Jean-Marc Andrieu a offert au public venu nombreux dans la belle cathédrale Saint-Maclou qui couronne la ville, un programme de musique sacrée d’une haute tenue consacré aux Grands Motets versaillais de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772).

Les Grands Motets de Rameau

Ce concert s’est inscrit dans la saison des Rameaux florissants qui a honoré le 250ème anniversaire de la mort de Rameau, génial compositeur et théoricien de sa propre pensée harmonique. Artiste aux multiples facettes, Rameau a abordé tous les genres. Il a occupé des fonctions de musicien d’église comme organiste chevronné et n’a cependant laissé aucune partition pour cet instrument, il a écrit des pièces superbes pour clavecin, mais c’est à l’opéra que son art s’est déployé dans toute son inventivité. Après le succès d’Hippolyte et Aricie en 1733, il explore tous les registres que lui ouvre la scène lyrique. Au sein d’une œuvre considérable la musique religieuse occupe une place singulière dans la production ramiste comme en témoignent les trois grands motets, chacun de facture différente, composés lors de la première maturité, avant l’arrivée à Paris du musicien en 1722 : Deus noster refugium, Quam dilecta et le chef-d’œuvre In convertendo. Par la suite, Rameau n’a pas tenu à faire rééditer ni jouer ces motets sacrés hormis l’In convertendo qui fut donné au Concert spirituel en 1751 dans une version remaniée par le compositeur lui-même.  

Mise en musique du texte d’un psaume dont les versets composent une suite d’épisodes, le motet présente une forme musicale qui se développe en plusieurs mouvements pour solistes, chœur et orchestre. Les interprètes retenus pas Jean-Marc Andrieu, solistes et chœur accompagnés par l’ensemble Les Passions, ont tous témoigné d’un engagement exceptionnel pour servir les partitions et transmettre la beauté de cette musique d’église.

Le programme proposé a donné à écouter deux motets de Rameau entrecoupés par le motet De profundis de Mondonville « ces pièces considérées comme l’apogée de la musique française baroque » selon les propos du chef Jean-Marc Andrieu.

En ouverture de concert, le motet Quam dilecta composé sur le Psaume 83 sans doute vers 1713-1715, témoigne d’une grande science et d’une maîtrise étonnante de l’écriture musicale. Joué pour la fête du Saint-Sacrement, ce chant d’action de grâce a distillé avec subtilité ses couleurs raffinées, ses timbres harmonieux pour exprimer le bonheur du croyant devant la demeure du Seigneur, tel l’oiseau qui connaît son nid, l’âme connaît son Tabernacle. Habité par une foi radieuse, le psalmiste demande à Dieu de l’accueillir dans son temple. L’exaltation fervente du chrétien s’est magnifiquement exprimée soutenue par les sonorités de l’orchestre qui rythme l’action de façon saisissante et par la voix des solistes, Stéphanie Révidat, dessus, François-Nicolas Geslot, haute-contre, Alain Buet, basse et du chœur du Capitole de Toulouse que le chef a fait travailler en vue de ce répertoire baroque inhabituel pour des chanteurs rompus à l’art lyrique. Précédé d’une petite symphonie, le récit par la voix de Stéphanie Révidat a ouvert le motet, son timbre radieux a porté avec douceur et noblesse la quête de celui qui cherche la maison de Dieu. Orchestre, chœur et solistes ont poursuivi dans un jeu thématique, la prière de l’adorant qui clame son espérance. Pour clore ces pages, le chœur du Capitole a exalté avec solennité la foi fervente de l’homme en Dieu.

Le grand motet In convertendo, composé à Lyon entre 1713 et 1715, sur le Psaume 125 de l’Ancien Testament, célèbre le retour des Juifs à Jérusalem après leur captivité à Babylone et peint la joie et l’amour confiant dans la parole divine. Le récit du contre-ténor a annoncé la libération des captifs par les accents en nuances expressives de François-Nicolas Geslot qui a épousé avec souplesse la ligne mélodique ornementée qu’ont accompagnée les couleurs instrumentales des flûtes et des violons. La thématique de la délivrance reprise, développée et combinée par le chœur, les solistes et l’orchestre, a évoqué avec virtuosité la joie et les louanges adressées à la bonté du Seigneur. Le motet s’est terminé brillamment par le chœur qui a dit à l’unisson avec force l’espoir des chrétiens dans la parole divine qui libère les opprimés et l’homme du péché.

© A. M. Les Passions

© A. M. Les Passions

De Profundis de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville

Violoniste virtuose, Mondonville en province puis à Paris, au Concert Spirituel dont il assure la direction mène parallèlement une carrière de compositeur de grands motets, de musique instrumentale, de musique profane, d’opéras, d’oratorios. L’originalité de son art se ressent dans une synthèse très personnelle entre les courants italiens, français et germaniques.

Parmi ses 17 motets composés entre 1734 et 1758, 9 nous sont parvenus dont le De profundis daté de 1748. Le texte de ce motet mis en musique est emprunté au Psaume 129. Composée pour une cérémonie funèbre, l’œuvre fut souvent donnée à l’occasion de la Toussaint. Il se dégage de cette pièce une poignante beauté musicale à laquelle les auditeurs d’hier ont été sensibles, ceux d’aujourd’hui ne manquent pas d’être touchés par son contenu émotionnel. Entamé par le chœur, le récit s’est poursuivi par l’intervention de la basse, superbe Alain Buet, pour évoquer de manière saisissante la prière confiante du chrétien adressée au Seigneur qui avoue son angoisse de la mort, espère la lumière de la rédemption et la paix du repos éternel. L’ample courbe expressive de phrases mélodiques, la richesse harmonique de l’écriture instrumentale ont culminé dans le finale chanté par le chœur dans un élan fervent d’espoir de la vie éternelle.

« Nous attendons d’abord de ce concert de belles émotions musicales grâce à la conjonction de nos énergies et de nos talents » confiait le chef et flûtiste Jean-Marc Andrieu. En alliant de façon magistrale la complexité de la musique de Rameau qui exige des interprètes ductilité et maîtrise des ornements et celle de Mondonville qui demande une grande virtuosité, le vœu du chef d’orchestre a été pleinement accompli. En ce dimanche, sous les voûtes de la cathédrale de Pontoise, la musique nous a comblés.

                                                                                                Marguerite Haladjian