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Pergolesi revisité.

Museor
27 février, 2007

Jean-Sébastien Bach (1685-1750)

Psaume 51 BWV 1083 , « Tilge, Höchster, meine Sünden »

d’après le Stabat Mater de Pergolesi
(+ 2 concerti de Scarlatti et Durante)

 

Maya Boog (soprano), Michael Chance (contre-ténor).
Balthazar-Neumann-Ensemble, dir. Thomas Hengelbrock.

Deutsche Harmonia Mundi, 2000. 

On connaissait les talents de Bach dans les procédés de la parodie (ré-utilisation/ réadaptation d’un matériel préexistant) et de la transcription, que ce soit de ses propres œuvres ou de celles de ses contemporains. De nombreuses cantates profanes ont été ainsi transformées – tout ou partie – en cantates religieuses ou oratorios, des concertos pour hautbois se sont vus joués au clavecin… Si certains des artistes « pillés » sont restés inconnus, comme cela est vrai pour de nombreux concertos pour clavecins, d’autres se sont avérés aussi célèbre que Bach. C’est le cas de Vivaldi ou Pergolesi. 

Pourquoi diable Bach, respectable cantor à Leipzig a t-il pris la peine de réécrire l’œuvre phare d’un jeune italien alors à peu près méconnu en Allemagne ? Nul ne le sait. Le Stabat Mater catholique est retaillé en « Tilge, Höchster, meine Sünden » (Rachète, ô Tout Puissant, mes pêchés). Les nouvelles paroles seraient d’ailleurs peut-être de Bach lui-même. 

Cependant, le compositeur ne se contente pas seulement de remplacer l’italien par l’allemand : il introduit subtilement et petit à petit des changements vis-à-vis de la partition originale. Une partie de plus par ci, une mélodie fine à la place de longues trilles par là, deux mouvements inversés, un passage supplémentaire dans le mouvement final. Le résultat est époustouflant. On a d’abord l’impression d’entendre le Stabat Mater habituel, chanté dans une langue étrange. Puis on commence à entendre des petites notes ajoutées pour « coller » au texte allemand, des détails instrumentaux absents de l’œuvre de départ comme si Bach, orfèvre, ciselait les contours d’un objet que l’on croyait déjà fini. Pergolèse devient plus profond, plus fin, plus modéré, sans jamais que sa pensée première s’en trouve recouverte ou dénaturée.

L’interprétation du Balthazar-Neumann-Ensemble (d’après le nom de l’architecte qui construisit le palais des évêques de Wurzburg) est excellente. Dynamique comme à l’habitude, la formation restitue avec cohésion et fluidité chaque détail de la partition. Le son est paradoxalement lisse et grainé à la fois, tout le contraire des attaques saillantes des frères Kuijken, en somme. Michael Chance offre sa voix de contre-ténor anglais, apprêtée et fragile tandis que Maya Boog est tout en expiation et demi-teinte. Autant dire que c’est un enregistrement plein de douceur pathétique et d’émotion que nous livre là Thomas Hengelbrock, que l’on connaissait surtout pour son massacre de la Didone de Cavalli. 

Si vous recherchez un « Stabat Mater » déchaîné et puissant, passez votre chemin et tournez vous plutôt vers la belle version historique de Teresa Berganza et Mirella Freni, malgré leurs tremolos perpétuels agaçants et un orchestre faiblard. En revanche, si vous aimez les tableaux de Quentin de la Tour, la simplicité, le mystère de l’ombre à la lumière des bougies; si vous désirez vous extasier encore une fois sur le génie de Bach ou la fraîcheur de Pergolèse, précipitez-vous sur ce disque sans plus attendre.

Alexandre Barrère

Technique : Bon enregistrement. Pas de remarque particulière.