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Petit prix, grosse perruque

Muse3
Publié dans : CD / DVD - Critiques
3 septembre, 2006

Bach est-il Brilliant ? 

 

Intégrale BACH de Brilliant Classics, 

155 CDs, 31 août 2006, livret disponible sur CD-ROM. 

 

 

 

Depuis le 31 août, Brilliant Classics a lancé son nouveau bolide : après l’éclatante Ferrari rouge vif de Mozart, voici un nouveau coffret Bach, le précédent étant passé quasi inaperçu. Quelques enregistrements ont été changés, afin de rassembler plus d’interprétations sur instruments d’époque. Saluons d’abord les prix défiant toute concurrence que propose cet éditeur, sans pour autant sacrifier toute politique artistique. Grâce à des enregistrements originaux et des rachats de licences d’autres labels, Brilliant a su rendre accessible des chef-d’oeuvres pour des bouchées de pain (pratiquement au sens propre) : on se remémore la Passion de Brocke, la Passion selon Saint Jean et Jephté de Haendel, l’intégrale de la musique de chambre de Couperin, l’intégrale des symphonies de Mozart…

Qu’en est-il donc de ce gros cube bachien ? En un mot comme en cent, le niveau d’ensemble est très correct voire bon, et le rapport qualité / prix imbattable. Toutefois, force est d’avouer que de nombreuses interprétations restent malgré tout des seconds choix dans toute discographie du Cantor qui se respecte. 

Entamons-donc un petit survol annoté du contenu de la boîte bleue de l’appareil : 

Intégrale des Cantates sacrées

Ruth Holton & MarjonStrijk, sopranos
Sytse Buwalda, contreténor
Nico van der Meel, Knut Schoch, Marcel Beekman, ténors
Bas Ramselaar, basse
Holland Boys Choir – Netherlands Bach Collegium
Direction Pieter Jan Leusink

Enregistrées à un rythme marathonien, sans jamais être jouées en entier, les cantates laissent une impression mitigée : partitions datées ne prenant pas en compte les dernières révisions musicologiques, orchestre imprécis et frêle, cuivres à la fois faux et… inexistants, choeur d’enfant très moyen surprennent l’auditeur qui fulmine contre des politiques commerciales sans respect aucun pour les interprètes. Quelques répétitions supplémentaires auraient enlevé bon nombres de scories. 

Heureusement, l’enthousiasme et la simplicité sont là, ainsi que Ruth Holton et son timbre limpide et enfantin. Les récitatifs sont peu impliqués, l’allemand mal prononcé (étonnant pour des Hollandais) Buwalda est une véritable torture. A écouter si vous tenez absolument à avoir une quasi-intégrale des cantates de Bach. Sinon, la mythique réalisation Harnoncourt-Leonhardt (Teldec) vous tend les bras pour l’energie pionnière, Ton Koopman pour l’élégance et le raffinement (Erato / Antoine Marchand), Suzuki pour la spiritualité (Bis), et Gardiner pour l’homogeneité des choeurs. 

Cantates profanes : Edith Mathis & Arleen Auger, sopranos, Carolyn Watkinson, Julia Hamari & Astrid Pilzecker, altos , Peter Schreier & Eberhard Büchner, ténors.

Uniquement pour le timbre andogyne de Carolyn Watkinson. Préférez Koopman, Harnoncourt et Jacobs. Evitez Leonhardt. 

Concertos Brandebourgeois, Concertos pour 2 & 3 clavecins : Musica Amphion, direction Pieter-Jan Belder

Une bonne version, sans plus. 

Motets : Ensemble vocal de Lausanne, Michel Corboz

Pourquoi pas ? Malgré un aspect daté et assez massif du choeur. 

Chorals : Chamber Choir Of Europe – Solistes du Freiburger Barockorchester , direction Nicol Matt Messe en si mineur : Catherine Dubosc, soprano I – Catherine Denley, soprano II – James Bowman, alto – John Mark Ainsley, ténor – Michael George, basse – The Sixteen Choir & Orchestra – Harry Christophers, direction

Oratorio de Noël : Lynda Russell, soprano – Catherine Wyn-Rogers, alto – Mark Padmore, ténor – Michael George, bass – The Sixteen Choir & Orchestra – direction : Harry Christophers

Magnificat : Lynda Russell, soprano 1 – Gillian Fisher, soprano 2 – Alison Browner, alto – Caroline Trevor, alto – Ian Partridge, ténor – Michael George, bass – The Sixteen Choir & Orchestra – direction : Harry Christophers

Des choeurs magnifiques, mais tout ceci est bien sophistiqué et contraint, entre gentlemen sirontant un sherry au Club Diogène. La première version Harnoncourt reste indétronable d’exubérance joyeuse. 

Messes : Renate Krahmer, soprano – Annelies Burmeister, alto – Peter Schreier, ténor – Theo Adam, basse – Dresdner Kreuzchor – Dresdner Philharmonie – direction Martin Flämig

Oratorio de Pâques : Christine Brenk, soprano – Anne Greiling, alto – Frank Bossert, ténor – Thomas Pfeiffer, basse – Ensemble de trompette Pfeiffer – Chœur de Motets de Pforzheim – Orchestre de Chambre de Pforzheim, direction Rolf Schweizer

Hum, hum… Comment dire… Restons polis. 

Six Suites pour violoncelle seul : Jaap Ter Linden, violoncelle baroque

La plus classique des versions baroques. Peu dansante et très crépusculaire mais assurément une vision personnelle d’un grand musicien. 

Intégrale des oeuvres pour orgue : Hans Fagius, orgues suédois

Connais pas ce poisson-là ! Et Koopman me suffit. 

Variations Goldberg , Concerto Italien, Partitas pour clavecin, Fantaisie Chromatique & Fugue, Ouverture à la française, Sonates, Suites, Fantasias, Suites, Fantasias, Préludes & Fugues, Inventions & Sinfonias : Pieter-Jan Belder, clavecin

Belder est un peu trop mécanique à mon goût.

Suites anglaises : Bob Van Asperen , clavecin

Sonates pour violon & basse continue : Monica Huggett et Trio Sonnerie

Sonates pour flûte : Stephen Preston, traverso,

Trevor Pinnock, clavecin, Jordi Savall , viole de gambe

Suites pour orchestre : La Stravaganza Köln Direction Andrew Manze

Pas encore écouté, mais cela s’annonce plutôt (très) bien.  

Oeuvres pour luth : Jakob Lindberg, luth

Excellent ! A recommander chaudement. Une douceur, une délicatesse inégalables dans le toucher. 

 

En conclusion, si vous n’êtes pas encore atteint par le virus de la recherche de la version ultime de chacune des œuvres, si vous voulez impressionner vos jeunes amis un soir d’hiver, si vous avez de la place sur une étagère, si les instruments modernes ne vous rebutent pas chez Bach, si Bach est pour vous « un compositeur du genre des Quatre Saisons, je crois », jetez vous sur ce coffret. Dans les autres cas, continuez de batifoler de label en label et d’artiste en artiste pour vous constituer votre discothèque Bach à vous, quitte à préférer la Passion à l’exhaustivité (douteuse d’ailleurs dans le cas de ce coffret puisqu’il manque certaines œuvres). 

Viet-Linh Nguyen