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Petits plaisirs d’été (Les Passions, abbaye de Boulaur, 17/08/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
20 septembre, 2014

Les Petits Plaisirs

Les Passions, orchestre baroque de Montauban 

 

©Marc Gianetti

©Marc Gianetti

Georg-Friedrich HAENDEL (1685 – 1759) :
Sonate VII en do majeur pour flûte et basse continue
Larghetto allegro, larghetto, a tempo di gavotta, allegro

François COUPERIN (1668 – 1733) :
Le Rossignol en amour
Trosième livre de pièces pour clavecin, quatorzième ordre en ré mineur

Georg-Philipp TELEMANN (1681 – 1767) :
Sonate en la mineur pour flûte, violon, viole de gambe et basse continue
Andante, allegro, adagio, allegro

Jean-Baptiste BARRIERE (1707 – 1747) :
Sonate 6 (livre 4) en do majeur pour violoncelle et basse continue
Allegro, largo, allegro

Arcangelo CORELLI (1653 – 1713) :
Sonate VI opus 5 en sol mineur « Follia » pour flûte et basse continue

Les Passions, orchestre baroque de Montauban
Flûte à bec : Jean-Marc Andrieu
Violoncelle et viole de gambe : Etienne Mangot
Clavecin : Yvan Garcia

Concert donné le 17 août 2014 à l’abbaye cistercienne de Sainte-Marie de Boulaur (Gers), dans le cadre des Musicales des Coteaux de Gimone

Durant les mois d’été, la musique elle aussi s’éloigne des centres-villes et de ses salles solennelles pour mieux investir de nouveaux lieux, suscitant ainsi chez de nombreux estivants la découverte du répertoire musical, et chez quelques mélomanes la découverte de nouveaux lieux du patrimoine architectural de nos belles provinces. Récemment restaurée, l’abbaye cistercienne de Boulaur, quelque part dans le Gers entre Auch et Lombez, accueillait cet été un concert de l’orchestre des Passions, en formation réduite pour nous offrir un répertoire dans lequel son chef Jean-Marc Andrieu s’est taillé une belle réputation : la flûte à bec. 

Devant une assistance nombreuse, relevée de la présence bien visible des soeurs cisterciennes qui occupent l’abbaye, Jean-Marc Andrieu prend soin d’expliquer le contexte musical (notamment la dualité entre la flûte à bec héritée de la Renaissance, et la flûte « allemande » ou traversière, tout au long du XVIIIème siècle, l’abandon progressif de la viole de gambe – qui accompagne les trois premiers morceaux – au profit du violoncelle, d’origine italienne) et le choix de son programme. Au passage, on ne saurait trop louer l’effet positif de ce type de commentaires, qui rapprochent les interprètes du public, et permettent à ce dernier de disposer de quelques éléments de contexte lui permettant de mieux apprécier les pièces qui seront données. Ce type d’intervention se justifie à nos yeux encore davantage pour le répertoire baroque, dont le contexte musical demeure mal connu du public, et concourt à mieux le faire connaître et apprécier.

Les morceaux s’enchaînent ensuite, dénotant une bonne complicité entre les trois solistes : le larghetto allegro de la sonate VII de Haendel démarre sur les beaux sons filés de la flûte, puis s’anime dans un duo très dynamique avec le continuo, se poursuit avec un larghetto qui s’allonge voluptueusement sur les reflets moirés de la flûte, puis sur un étonnant duo avec la viole grattée au doigt pour donner un rythme incisif à la gavotte. Le Rossignol en amour de Couperin laisse le champ libre à la virtuosité d’un son clair et franc, qui emplit l’église, suscitant de longs applaudissements. La sonate en la mineur de Telemann fait appel à une flûte en ré (dont le son possède une surprenante parenté avec celui de la flûte « allemande »), qui se livre à un somptueux duo avec la viole de gambe, concertante. L’adagio marque la longue tentative de la flûte de pénétrer dans le dialogue entre le clavecin (particulièrement moëlleux) d’Yvan Garcia, et la viole d’Etienne Mangot, avant de s’imposer tout à fait, pour composer à trois un allegro bien enlevé.

Pour la sonate n° 6 de Barrière la viole de gambe fait place au violoncelle, qui témoigne aussitôt de la majesté de sa sonorité. Après la sensibilité exacerbée de l’adagio, le « fandango » de l’allegro donne lieu à une éclatante démonstration de virtuosité. La flûte revient sur le plateau pour la sonate de Corelli. Jean-Marc Andrieu rappelle le succès au XVIIIème siècle de la « follia » née au Portugal, et indique qu’il s’agit d’une transcription pour flûte à bec d’une partition destinée initialement au violon. Après avoir déployé de longs reflets perlés dans l’adagio, la flûte se joint aux autres instruments pour composer un final époustouflant, qui sera longuement applaudi et suscitera de nombreux rappels. En hommage à Franz Brüggen récemment disparu, Jean-Marc Andrieu propose encore une chaconne de Marcello (compositeur vénitien, 1686-1739), à la légèreté aérienne et aux nuances de pastel.

Pour conclure cette belle journée, les soeurs cisterciennes proposent aux amateurs quelques commentaires sur la récente restauration de leur église (notamment les deux belles colonnes de faux-marbre qui masquent les piliers ajoutés pour soutenir la balustrade de fer forgé du XVIIIème siècle récupérée et posée au XIXème sur la mezzanine, dont le poids menaçait l’édifice tout entier) et la visite commentée de leur couvent, doublant ainsi l’intérêt musical du concert par la découverte du patrimoine local. 

Une bien belle après-midi en vérité…

Bruno Maury