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François-André Danican Philidor : musicien, joueur d’échecs et homme de son temps

29 juillet, 2014

 

François-André Danican Philidor par Augustin Pajou, terre cuite émaillée. D.R.

François-André Danican Philidor par Augustin Pajou, terre cuite émaillée. D.R.

 

À l’âge de 6 ans, François-André (notre Philidor !), est reçu page à la Chapelle du Roi « Louis XV » à Versailles, sous la direction de Campra. En août 1738, il exécute un Motet à grand chœur de sa composition, devant le Roi, à Versailles. C’est avec les musiciens de la Chapelle qu’il s’initie aux échecs, dominant aussitôt ces vétérans du noble jeu.

Sorti des pages en 1740, il s’installe à Paris où, pendant cinq ans, il copie des partitions, donne des leçons de musique et joue aux échecs. Il fait exécuter chaque année des motets à Versailles. Le 15 août 1743, l’un d’eux est entendu pour la première fois au Concert-Spirituel. Il gagne en 1744 sa première partie d’échecs sans voir au Café de la Régence contre l’abbé Chenard. Le chevalier de Jaucourt relate cette aptitude jugée extraordinaire dans la Grande Encyclopédie « Jaucourt (chevalier de) ».

Son intervention dans une échauffourée à la Comédie-Française attire l’attention de la police le 3 juin 1744, ce qui lui vaut d’être incarcéré pendant quinze jours au For l’Évêque.

Philidor est homme de son temps et, notamment au Café de la Régence, il côtoie les Intellectuels des Lumières en premier Rousseau, Diderot, Voltaire. Rousseau, qu’il a rencontré au Café Maugis, lui demande de l’aider pour la composition des Muses galantes, mais la disproportion des talents est montrée du doigt par Rameau qui ridiculise le philosophe. La collaboration cesse brutalement, ce qui n’empêchera pas Rousseau de reprendre une ariette de Philidor pour son Devin de Village en 1763.

En 1745, il quitte la France pour neuf ans. Son don prodigieux pour le jeu des échecs le met alors en présence de hauts personnages qui s’intéresseront à lui. Il séjourne à Rotterdam, La Haye et Amsterdam, où il rencontre le prince de Waldeck. Invité en Angleterre, il passe en 1747 à Londres où il se mesure au Syrien Stamma, le grand maître reconnu des échecs, suprématie qui ne dure pas devant le Français. L’année suivante, il est reçu en Allemagne : Aix-la-Chapelle où il rédige son Analyse des Échecs et où il rencontre Lord Sandwich. À Eindoven, il rencontre le duc de Cumberland. Il rentre en Angleterre en 1749, séjourne à Londres et y publie son Analyse, avec l’encouragement substantiel du fils cadet du Roi George II, le Prince de  Galles, futur George III. Un ouvrage qui fait date et qui connaîtra pas moins de 66 rééditions entre 1749 et 1871 ! Le duc de Mirepoix, ambassadeur de France, le reçoit. Mais en 1751, invité par le Grand Frédéric en Prusse, il séjourne à Potsdam, puis à Berlin, où le mathématicien Euler tente de le rencontrer. Mais il ne se contente pas d’étonner les Prussiens avec trois parties d’échecs simultanées sans voir. Il prend le temps de s’initier à la musique allemande, contrebalançant ainsi le goût que Campra lui avait inculqué pour les maîtres italiens. Il ne quitte pas les pays germaniques sans avoir répondu à l’invitation du prince de Waldeck à Arolsen, et à celle du landgrave de Hesse-Cassel. Il revient à Londres en 1752.

François-André Danican Philidor jouant en aveugle au Parsloe’s Chess Club de Londres, vers 1780

François-André Danican Philidor jouant en aveugle au Parsloe’s Chess Club de Londres, vers 1780

Apprenant que la Cour de Louis XV offrait un poste de « surintendant de la Musique » du Roi, il rentre en France en novembre 1754, mais n’obtient pas le poste. À partir de 1756, Philidor produit régulièrement les opéras-comiques et opéras qui l’ont rendu célèbre comme compositeur.

En 1767, il a l’occasion d’encourager Grétry, lui proposant même de l’aider.

Christian IV de Bavière, duc des Deux-Ponts, le nomme son « maître de Musique » le 25 août 1769.

Le 23 mai 1770, le chœur du premier acte d’Ernelinde est au programme des festivités du mariage du Dauphin, futur Louis XVI avec Marie-Antoinette.

Le 14 juin, madame Philidor chante un motet de son mari au Concert-Spirituel.

En juin 1771, Philidor s’embarque pour l’Angleterre avec toutes les recommandations de Diderot à l’intention du Dr Burney. Il y retrouve le comte de Brühl, envoyé de la cour de Dresde, qui l’encouragera à revenir à Londres chaque année pour jouer aux échecs.

L’année suivante, Charles Nicolas Cochin dessine à la mine de plomb un médaillon de Philidor. Par la suite, le même artiste dessinera les portraits de son épouse et de son beau-frère le chanteur Augustin Richer. Le graveur A. de Saint-Aubin réalisera alors la planche qui sera publiée et plusieurs fois recopiée ensuite.

Le 11 décembre 1173, pour le mariage du comte d’Artois, futur Charles X, avec Marie-Thérèse de Savoie, Ernelinde est donnée à Versailles avec une pompe extraordinaire, rassemblant quatre cents grenadiers à cheval ! Les dessins des costumes en ont été conservés par la Bibliothèque de l’Opéra. À cette occasion, le Roi lui attribue une pension annuelle de 1000 livres.

En 1774, un club d’échecs se crée à Londres à proximité du palais de Saint-James, offrant à Philidor des conditions de séjour séduisantes. Jusqu’à la fin de sa vie, il sera fidèle au vœu de ses amis anglais, membres des instances dirigeantes du pays, qui l’accueillent chaleureusement durant chaque saison, période qui s’échelonne le long des cinq premiers mois de l’année, pendant lesquels siègent les parlements et que se donnent les principales festivités mondaines et théâtrales.

C’est en 1783 qu’Augustin Pajou exécute son buste que la ville de Paris offre à madame Philidor. En février 1788, étant à Londres, le peintre et musicien Auguste Robineau exécute son portrait pour le club d’échecs.

On a pu penser que c’est au cours de son séjour en France en 1792, qu’il se serait rallié à l’idée d’un gouvernement républicain, mais la seule lettre que nous ayons de lui à cette époque montre qu’il craint la guerre civile et les massacres et regrette que les membres de la noblesse ne se soient pas présentés plus tôt aux élections primaires. En janvier 1793, il part pour la dernière fois pour Londres, muni d’un passeport obtenu en décembre. Le 28 mars paraît un décret de la Convention : considéré comme émigré, il risquait fort l’échafaud s’il rentrait en France. Il s’élève vigoureusement contre cette situation, mais il ne pourra jamais remettre les pieds sur le sol français.

Il décède le 31 août 1795 à Londres, ville où il est inhumé.

                                                                                                                            Dany Sénéchaud