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Philiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiipe !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Museor
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
31 décembre, 2007

« Carestini, the Story of a castrato »

Airs de Porpora, Capelli, Haendel, Leo, Hasse, Gluck et Graun

Philippe Jaroussky (sopraniste)
Le Concert d’Astrée, direction Emmanuelle Haïm. 
Virgin Classics, 72’06, enr. 2007.

D’abord, protestons contre le marketing conquérant de Virgin qui n’hésite pas à affubler le chanteur des tenues les plus exotiques pour attirer le client. Après la collection d’été débraillée du récital vivaldien, voici le contre-ténor arborant un masque vénitien en forme de papillon alors qu’une énorme banderole digne d’une manifestation de syndicat métallurgiste proclame unilatéralement « Philippe Jaroussky ou l’absolue perfection du chant » et autres auto-panégyrique du même acabit.  » Car Philippe Jaroussky n’a nul besoin de ses artifices de bas étage pour que son talent soit reconnu. Privilégiant l’émotion sur la pyrotechnie, le contre-ténor a choisi un programme remarquablement bien conçu qui alterne quelques rares tubes (le « Scherza, infida » d’Ariodante, ou le « Sta nell’Ircana » d’Alcina de Haendel) et beaucoup de perles délaissées (magnifique « Tu che d’ardir m’accendi » de Porpora avec trompette obligée qui ouvre le bal). Il bénéficie dans son périple du soutien complice du Concert d’Astrée sous la baguette attentionnée d’Emmanuelle Haïm. L’orchestre est vif et précis, dynamique sans être trop brutal. Cependant, les timbres ne sont pas toujours très colorés (les cors du « Sta nell’Ircana » sont assez peu audibles, les bois se fondent dans les cordes plus généralement) et le continuo pourrait être plus foisonnant.

On sent Philippe Jaroussky en pleine confiance et le contre-ténor abat désormais les vocalises avec naturel et spontanéité tandis que les aigus – acides un temps – semblent avoir retrouvé l’éclat de leur métal. Surtout, le phrasé et les articulations sont toujours sensibles, le chant généreux et nuancé. Si ce disque restera dans les annales – et a fortiori dans toute bonne discothèque classique qui se respecte – c’est par ses extraordinaires da capos. Surprenants et très inventifs, ceux-ci ne défigurent pas la ligne mélodique et se servent effectivement du thème et de l’ambiance de chaque air afin de mieux s’en départir dans les reprises. Jamais l’exercice de style ne tourne à vide, et les da capos sont chantés d’une traite – comme les contemporains le voulaient – grâce au souffle impressionnant du chanteur, véritable champion d’apnée. S’il faut avouer une préférence personnelle, ce sera le « Mi lusinga » d’Alcina tout en apesanteur, aux notes étonnamment douloureuses et lancinantes, ou encore ce « Sperai disperato a morte » de Gluck très élégiaque. Non, Philippe Jaroussky – comme aucun autre artiste – ne peut prétendre à « l’absolue perfection du chant », et son organe ne rivalisera jamais en puissance avec celui de Carestini pour des raisons anatomiques évidentes. Mais le jeune sopraniste signe ici sans conteste l’un de ses beaux récitals, d’une force et d’une originalité remarquables. A quand un autre volume ?

Anne-Lise Delaporte

Technique : enregistrement clair et transparent, bien équilibré.